AMEVA - Le SAGE Haute Somme

Intégrer l’enjeu « Eaux Pluviales » dans les documents d’urbanisme

Situation

Le territoire du bassin de la Somme est particulièrement vulnérable au ruissellement, aux coulées de boues et aux désordres pluviaux : une commune sur deux a déjà été touchée par un arrêté de catastrophe naturelle pour ruissellement et coulée de boue

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Les secteurs urbains connaissent également des impacts importants, notamment via des déversements par temps de pluie dans les réseaux d’assainissement, dont une part significative est non conforme aux exigences de qualité.

Cette exposition forte a conduit l’EPTB Somme–AMEVA à structurer une démarche intégrée de gestion des eaux pluviales, articulant documents d’urbanisme (PLUi) et Schémas Directeurs de Gestion des Eaux Pluviales (SDGEP), en s’appuyant sur une méthode éprouvée, aujourd’hui déployée à l’échelle du bassin et reprise par l’Agence de l’eau Artois-Picardie.

Enjeux et contexte

La démarche répond à plusieurs enjeux majeurs :

La démarche répond à plusieurs enjeux majeurs :

  • Appréhender le fonctionnement hydraulique de manière globale, à l’échelle des bassins versants, ruraux comme urbains.
  • Intégrer la gestion du pluvial dans les politiques d’aménagement, conformément aux prescriptions des SCoT et des SAGE.
  • Sécuriser les biens et les personnes face aux risques de ruissellement.
  • Améliorer la qualité des milieux aquatiques en réduisant les déversements par temps de pluie.
  • Assurer une cohérence réglementaire entre PLUi, SDGEP, zonage pluvial et dispositions du SAGE.

Déroulé, gouvernance et méthode

Cette démarche, pilotée par l’AMEVA a été construite avec les EPCI du territoire et les Bureaux d’études en charge des PLUi d’un côté et des SDGEP.

Ainsi l’EPTB coordonne la démarche en assurant l’interface entre :

  • Les bureaux d’études chargés du PLUi
  • Les bureaux d’études en charge des SDGEP
  • Les acteurs du territoire (communes, EPCI, monde agricole, services de l’État).


Un déroulé en trois phases cohérentes avec le PLUi
L’AMEVA, coordonne les différentes phases d’élaboration des deux documents afin d’assurer une mise en cohérence des phases d’élaboration des PLUi et celles des SDGEP.

  • Phase 1 du SDGEP – Diagnostic approfondi du fonctionnement hydraulique
    • Délimitation des bassins versants, identification des axes de ruissellement et des secteurs sensibles.
    • Analyse des désordres passés et des impacts sur milieux et biens.
  • Phase 2 du SDGEP – Évaluation des impacts de l’urbanisation future
    • Analyse fine des secteurs à urbaniser (dents creuses, zones AU).
    • Définition des orientations de gestion à intégrer dans le PLUi pour prévenir les futurs dysfonctionnements (OAP, prescriptions, zonages)
  • Phase 3 du SDGEP –  réalisation du zonage pluvial et du règlement associé
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Cette articulation SDGEP–PLUi constitue une méthode unique et reproductible, désormais utilisée sur l’ensemble du territoire.

Résultats et impacts

Des outils d’aide à la décision précis et opérationnels

  • Les désordres sont identifiés et cartographiés, classés selon leur impact sur les biens / personnes et/ou les milieux aquatiques ce qui permet une recherche de financement adaptée. 
  • Diagnostic et hiérarchisation en trois niveaux de priorité, pour mieux programmer les interventions (besoin d’études ou de travaux), que ce soit
    • au niveau des sous-bassins ruraux ou
    • au niveau de l’entrée en secteur urbanisé, le long des axes de ruissellement.

Des prescriptions intégrées directement dans l’urbanisme

  • Préservation des axes de ruissellement identifiés, ou mise en place de solutions compensatoires si leur maintien est impossible.
  • Recommandations d’aménagements à l’échelle de la parcelle : noues, ouvrages hydrauliques, interdiction de sous-sols, rehaussement des planchers, etc.
  • Réservation d’espaces hydrauliques en zone bâtie (bassins, haies, zones tampons).

Une meilleure lisibilité des compétences

Le SDGEP est un outil important pour les collectivités, qui leur permet de clarifier la frontière entre :

  • ce qui relève de la GEPU (eaux pluviales urbaines),
  • et ce qui relève de la compétence érosion / ruissellement en milieu rural.

Un outil structurant pour la programmation

La démarche de cartographie fine, et de caractérisation, priorisation des désordres permet à la collectivité :

  • D’impulser les études opérationnelles (études de ruissellement, études patrimoniales, projets de déconnexion).
  • de planifier des programmes pluriannuels d’investissement, en cohérence avec les enjeux prioritaires.

Cette articulation SDGEP–PLUi constitue une méthode unique et reproductible, désormais utilisée sur l’ensemble du territoire.

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Enseignements

  • Une démarche globale bassin versant, allant du rural à l’urbain, est indispensable pour gérer correctement le ruissellement.
  • Travailler en parallèle PLUi / SDGEP, avec un pilotage par l’EPTB, garantit la cohérence des diagnostics et des prescriptions.
  • La cartographie fine et la hiérarchisation des désordres sont essentielles pour objectiver les choix des élus et définir des stratégies de financement.
  • Le SDGEP permet de dépasser les actions « curatives » pour aller vers une gestion préventive, planifiée et intégrée.
  • L’accompagnement par un EPTB facilite l’appropriation locale et permet une montée en compétence progressive des collectivités.
  • L’AMEVA travaille en ce moment à l’élaboration de son 3èm PAPI qui sera centré autour du ruissellement.
En savoir plus :

Puyvert - SMAVD

Restaurer la dynamique naturelle d’une rivière méditerranéenne en tresses

  • 20 km de rivière concerné
  • 320 000 m3 de matériaux remis à disposition du transit sédimentaire
  • 3 sites de travaux

Trois sites de recharge successifs :

  • Puyvert (2022) : 100 000 m³
  • Charleval (2022) : 100 000 m³
  • Mallemort – Mérindol (2025) : 120 000 m³Soit 320 000 m³ au total.

Situation

Les grandes crues de 1994 ont mis en lumière l’ampleur des perturbations du fonctionnement sédimentaire de la Durance. La rivière s’est profondément incisée, a perdu sa capacité naturelle de divagation et de tressage, et voit ses habitats perdre en diversité. La dynamique alluviale, essentielle aux milieux méditerranéens, ne parvient plus à s’auto-entretenir. Cette situation résulte principalement des aménagements hydroélectriques qui bloquent le transit des matériaux et ont modifié le régime des crues ou encore des extractions massives de granulats réalisées au XXe siècle.

Enjeux et objectifs

  • L’enjeu majeur est de recréer les conditions d’une Durance vivante, mobile et fonctionnelle. Les objectifs poursuivis par le SMAVD sont multiples :
  • Restaurer une rivière en tresses, plus large, plus mobile et plus riche en habitats.
  • Réactiver le transit sédimentaire en réinjectant les matériaux dont la rivière manque.
  • Réduire l’incision du lit et restaurer les liens avec la nappe alluviale.
  • Renforcer la résilience aux crues, grâce à un lit plus large et moins contraint.
  • Rétablir des habitats rares pour la faune et la flore méditerranéenne.

Expérimenter et démontrer la faisabilité de techniques innovantes basées sur le fonctionnement morpho dynamique des cours d’eau.

Déroulé, gouvernance et méthode

Les travaux s’inscrivent dans une stratégie globale de restauration morphologique pilotée par le SMAVD, et s’appuient sur une compréhension fine des dynamiques amont–aval, essentielle pour anticiper les effets des interventions locales sur l’ensemble du bassin. La méthode développée s’appuie sur l’analyse du fonctionnement physique de la rivière.

Les matériaux sont directement prélevés dans le lit de la Durance, sur des bancs perchés que la rivière ne mobilise plus. Afin d’éviter tout transport routier : les matériaux sont réinjectés à proximité immédiate des zones déficitaires. Les travaux sont réalisés en période d’étiage, hors période de reproduction des espèces et en limitant les risques de crues. Le principe est ensuite de laisser les crues morphogènes redistribuer naturellement les graviers, générant la dynamique recherchée.

Les travaux s’accompagnent de mesures environnementales strictes : zones de mise en défens, gestion des circulations, préservation des poissons, protocole anti-pollution.

En tant que pilote de l’action, le SMAVD a mené un important travail de concertation associant l’État, les communes riveraines, les usagers et les partenaires techniques et acteurs économiques.


Le chantier 2025 intègre une innovation : créer des conditions permettant aux crues de mobiliser directement une partie des matériaux sans manutention mécanique.

Résultats impacts et bénéfices

Bien que les effets les plus significatifs ne puissent être pleinement mesurés qu’après plusieurs crues et un suivi sur le long terme, les premiers résultats sont déjà visibles. Les crues de 2023 à 2025 ont mobilisé une partie des matériaux réinjectés, entraînant l’apparition progressive de nouvelles tresses sur les sites expérimentaux. On observe également la reconnexion de zones de divagation, l’élargissement du lit actif et la réactivation de la nappe alluviale, offrant des conditions plus favorables au développement des ripisylves et au fonctionnement naturel de la rivière.

Les bénéfices écologiques attendus sont majeurs. La recharge sédimentaire doit permettre de restaurer des habitats typiques des rivières en tresses, aujourd’hui rares à l’échelle européenne, et de diversifier les faciès d’écoulement favorables à de nombreuses espèces. En renforçant la mobilité du lit et en restaurant les connexions avec la nappe alluviale, l’opération contribuera également au rafraîchissement naturel du cours d’eau en période estivale, un enjeu essentiel face au changement climatique.

Ces actions expérimentales viennent en complément de nombreuses autres actions visant une amélioration du fonctionnement physique du cours d’eau (recul d’ouvrage ou modalité de gestion des barrages en crue par exemple). Le SMAVD estime que les vingt ans d’actions morphologiques ont abouti à une augmentation de 30 % de tronçons en tresses sur la Durance entre le barrage de l’Escale et le confluent du Rhône.

Les expérimentations confortent la faisabilité de recharges sédimentaires à grande échelle, ouvrant la voie à d’autres chantiers. Une prochaine opération consister à coupler la restauration d’une zone humide (Sanfla) et une réinjection massive de graviers dans la rivière : les matériaux excavés pour restaurer la zone humide seront réemployés pour alimenter la recharge sédimentaire.

Enseignements

Plusieurs éléments ressortent de ce retour d’expérience :

  • La restauration morphologique est possible à grande échelle, même sur une rivière fortement aménagé.
  • La démarche expérimentale, appuyée par un suivi scientifique, est essentielle pour adapter les techniques et les encourager.
  • La concertation est une condition de réussite, compte tenu de l’ampleur des travaux et des enjeux multiples (écologie, risques, agriculture, usages).
  • Les crues sont au cœur de la solution : elles sont les moteurs de la reconfiguration du lit.

La synergie avec d’autres projets renforce la cohérence écologique, optimise les coûts et décuple les aménités positives.

Pour en savoir plus :