Isère Amont

Le Projet Isère amont, une démarche intégrée à l’échelle du bassin versant

Bassin / sous-bassin concerné

Le projet « Isère amont » concerne la vallée de l’Isère située entre Pontcharra et Grenoble, à l’aval du Grésivaudan, dans le département de l’Isère. Il s’inscrit sur le linéaire de la rivière Isère avant son entrée dans l’agglomération grenobloise. Ce secteur constitue un point sensible du bassin versant, historiquement exposé aux crues majeures de l’Isère et fortement artificialisé par des ouvrages de protection successifs depuis le XIXe siècle.

Structures concernées

Le projet est porté par le SYMBHI, syndicat mixte compétent en matière de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations à sur 40% du bassin versant de l’Isère. Il bénéficie du soutien financier de l’État et de l’Agence de l’eau dans le cadre d’un Programme d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI). De nombreuses collectivités locales (communes et intercommunalités), les services de l’État, le Département de l’Isère, la Chambre d’agriculture de l’Isère ainsi que plusieurs partenaires scientifiques sont associés à la mise en œuvre.

Chiffres clés

Le projet Isère amont représente un investissement total de 135 millions d’euros, financé conjointement par le SYMBHI, l’État et l’Agence de l’eau, dans le cadre du PAPI. Il concerne 29 communes et environ 300 000 habitants à l’échelle du territoire protégé.

Seize champs d’inondation contrôlée ont été aménagés, représentant près de 3 500 hectares, avec une capacité globale de stockage des crues estimée à 35 millions de mètres cubes. Ces aménagements permettent de réduire significativement le pic de crue à l’entrée de l’agglomération grenobloise.

En cas de crue comparable à celle de 1859, les études estiment que les travaux réalisés permettraient d’éviter environ 1 milliard d’euros de dommages matériels.

Enjeux / contexte

Diagnostic initial

Avant les travaux, le territoire cumulait plusieurs fragilités :

  • une exposition très forte au risque d’inondation, avec des dommages potentiels estimés jusqu’à 1 milliard d’euros pour une crue bicentennale ;
  • une artificialisation quasi totale du lit endigué entre Pontcharra et Grenoble, entraînant une rupture des échanges entre la rivière et ses milieux annexes ;
  • des dysfonctionnements morphologiques liés à l’accumulation de sédiments et à l’incision localisée du lit ;
  • une absence de valorisation paysagère des berges, malgré un fort potentiel d’usages de proximité.

Objectifs du projet

Face à ce constat, le projet poursuit trois objectifs principaux :
D’abord, réduire durablement le risque d’inondation en atténuant les débits de pointe à l’aval, grâce à une capacité importante de stockage des crues dans les champs d’inondation contrôlée.
Ensuite, restaurer le fonctionnement écologique de la rivière, en reconnectant les milieux naturels, en rétablissant la continuité piscicole et en reconstituant des forêts alluviales fonctionnelles.
Enfin, renforcer l’attractivité du territoire en développant des aménagements paysagers et récréatifs permettant aux habitants de se réapproprier les berges.

Lien stratégie / planification

Le projet s’inscrit dans le cadre d’un PAPI (Programme d’Actions de Prévention des Inondations). Il s’appuie également sur les orientations du SDAGE et sur les stratégies locales de gestion des risques d’inondation. Il constitue un projet démonstrateur en matière de gestion intégrée des cours d’eau, associant sécurité, écologie et cadre de vie dans une même logique territoriale.

Plus-value du portage par un syndicat de bassin

Le portage du projet par le SYMBHI garantit une cohérence d’intervention à l’échelle hydrographique, bien au-delà des limites administratives. Il permet d’articuler la prévention du risque, la restauration écologique et l’aménagement du territoire dans un pilotage unique. Cette organisation favorise également la mobilisation des financements nationaux, la sécurisation foncière et la coordination des multiples partenaires.

Déroulé et gouvernance

La gouvernance du projet repose sur une concertation étroite avec l’ensemble des acteurs locaux. Un accord-cadre a été conclu avec la Chambre d’agriculture de l’Isère et le Département afin de définir un système d’indemnisation en cas de dommages subis par les exploitations agricoles lors des crues. Les représentants agricoles ont été pleinement intégrés à la conception des champs d’inondation contrôlée.

Le Comité consultatif Isère amont joue un rôle central. Il réunit plus de 80 partenaires (collectivités, services de l’État, experts, associations) et s’est tenu régulièrement jusqu’à la fin des travaux. Cette instance accompagne chaque phase du projet : études, travaux, suivi écologique et bilan annuel.

Résultats et impacts

Le projet a permis une transformation radicale du fonctionnement fluvial :

  • 14,3 km de digues ont été effacés et 6 km ont été reculés ;
  • plus de 300 hectares de forêts alluviales ont été reconnectées ;
  • trois gravières ont été mises en relation directe avec l’Isère ;
  • quatre bras fluviaux ont été réouverts, représentant 2,5 km de bras en eau courante, 600 m de bras phréatiques et 13 hectares de milieux restaurés.
  • Suivi écologique

Le suivi scientifique met en avant la Petite massette, plante bioindicatrice des rivières alpines. En partenariat avec des équipes de recherche, cinq protocoles de transplantation ont été testés. Les résultats montrent :

  • un triplement des populations entre 2009 et 2018 ;
  • une augmentation de 35 % entre 2021 et 2024 ;
  • une dynamique jugée stable à moyen terme.

Enseignements

Le projet Isère amont incarne un changement de paradigme majeur : accepter de redonner à la rivière des espaces de débordement naturels pour protéger durablement les zones urbaines. Il démontre qu’un projet de prévention des risques peut aussi devenir un projet de restauration écologique et de développement territorial. Il met également en lumière l’importance de la solidarité territoriale, notamment vis-à-vis du monde agricole, grâce à des mécanismes d’indemnisation clairs.

Les prix qui consacrent le projet Isère amont

Le caractère pionnier du projet a été reconnu à l’échelle nationale par plusieurs distinctions majeures :

Grand Prix national du Génie Écologique – 2024
Attribué au projet Isère amont pour la qualité de sa restauration écologique, son exemplarité en matière de solutions fondées sur la nature et l’intégration de la biodiversité dans un projet de gestion des risques.

Grand Prix National de l’Ingénierie – catégorie “Adapter l’existant au changement climatique” – 2025
Récompense l’excellence technique du projet, sa conception innovante et sa capacité à associer protection des populations, écologie et aménagement durable.

Prix Previriq inondations – 2016

Met à l’honneur les meilleurs projets sur le thème de l’intégration des politiques publiques en matière de gestion des risques d’inondation.

Ces prix confirment qu’Isère amont n’est pas seulement un projet local : c’est aujourd’hui une référence nationale.

Ce retour d’expérience a été relu et validé par l’établissement.

Pour en savoir plus

Dossier REX du SYMBHI :
https://bassinversant.org/wp-content/uploads/2022/10/fiche-synthese-a3-2.pdf
Livre bleu — projet Isère amont :
https://bassinversant.org/wp-content/uploads/2023/03/livre-bleu_complet_gravure_2023_page.pdf

EPTB Lot

EPTB Lot : un garant d’une gestion partagée et concertée de l’eau face aux enjeux climatiques et territoriaux

Bassin / Sous-bassin concerné

Le projet s’inscrit sur l’ensemble du bassin versant de la rivière Lot.  

Structures porteuses

L’action est portée par l’Etablissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Lot.

Infos clés / chiffres
  • À l’échelle du bassin, environ 380 000 habitants sont concernés.
  • Un territoire d’environ 11 500 – 12 000 km² englobant cinq départements (Lozère, Cantal, Aveyron, Lot et Lot-et-Garonne)
  • Des enjeux hydrologiques, économiques et environnementaux croissants liés au changement climatique.

Enjeux et contexte

Face à une multiplicité d’usages de l’eau (eau potable, agriculture, industrie, navigation, biodiversité, tourisme) et à l’intensification des phénomènes extrêmes liés au changement climatique, la gestion de la ressource devient un enjeu stratégique. L’EPTB vise à concilier ces usages à travers une concertation élargie et une planification partagée, afin d’assurer la sécurisation des usages tout en préservant les milieux aquatiques. L’étude prospective « Lot 2050 » s’inscrit dans ce contexte pour mieux anticiper les évolutions du climat et adapter les stratégies de gestion.

  • Lien Stratégie / planification / programmation de Bassin

Les orientations de l’EPTB s’intègrent dans le cadre du Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) du bassin Adour-Garonne, ainsi que dans les démarches de plans et programmes d’action du comité de bassin. Les travaux de prospective tels que Lot 2050 s’inscrivent dans la planification à long terme requise pour répondre aux objectifs du SDAGE et aux besoins d’anticipation du changement climatique.

  • Plus-value du portage par un syndicat de bassin

Le portage de ces démarches par un syndicat de bassin comme l’EPTB Lot permet de rassembler et d’articuler les vision locales et globales des enjeux liés à l’eau. Cette échelle territoriale dépasse les limites administratives des collectivités locales, favorise une concertation multi-acteurs et permet une cohérence dans les décisions, en liant les usages, la connaissance scientifique et la politique d’aménagement. Cette gouvernance intégrée est essentielle pour répondre à des défis transversaux comme l’adaptation au changement climatique ou la gestion équilibrée de la ressource.

Déroulé et gouvernance

Les projets et outils conduits par l’EPTB sont conçus sur la base d’un diagnostic partagé, s’appuyant sur des échanges réguliers entre les acteurs locaux. Par exemple, le plan de gestion des étiages a été élaboré avec l’ensemble des partenaires du bassin (État, collectivités, agences de l’eau, représentants des usages), en s’appuyant sur une concertation large pour intégrer attentes et contraintes locales. L’étude Lot 2050, quant à elle, vise à produire une analyse prospective des impacts du changement climatique avec une méthodologie s’appuyant sur des projections hydro-climatiques territorialisées, afin d’aider les acteurs locaux à comprendre les évolutions futures de la ressource et des besoins.

Les acteurs impliqués dépassent souvent l’EPTB : collectivités territoriales, collectivités de bassin (syndicats de rivière, SAGE), services de l’État, Agence de l’eau, associations locales et usagers sont régulièrement associés à ces démarches.

Résultats & impacts

Le principal résultat tangible de ces démarches est la mise en place d’un cadre partagé de gestion de la ressource hydrique. La convention de soutien des étiages, animée par l’EPTB depuis 1989, a ainsi permis de maintenir les usages sans qu’aucun arrêté de restriction ne soit nécessaire sur l’axe réalimenté, grâce à une concertation des acteurs et au soutien des barrages hydroélectriques.

Les démarches de concertation, comme les rencontres citoyennes ou les ateliers participatifs autour de l’eau, renforcent la compréhension collective des enjeux et permettent d’alimenter les documents stratégiques, tout en aidant à construire une vision commune pour l’avenir de l’eau sur le bassin.

L’étude Lot 2050, en cours de mise en œuvre, devrait produire des scénarios d’adaptation pour renforcer la résilience territoriale face au changement climatique en anticipant les évolutions des débits d’étiage, des besoins et des enjeux hydrologiques à l’horizon 2050.

Enseignements

L’expérience de l’EPTB Lot montre que la concertation élargie et continue est un levier essentiel pour concilier usages divers et objectifs environnementaux sur un territoire complexe. La combinaison d’actions opérationnelles (plans de gestion, soutien d’étiage) et de démarches prospectives (Lot 2050) permet d’ancrer une culture de gestion intégrée de l’eau. En outre, l’échelle bassin s’avère pertinente pour structurer la gouvernance autour d’une ressource partagée, fragile et stratégique, notamment dans un contexte de changement climatique.

Ce retour d’expérience a été relu et validé par l’établissement.

Pour en savoir plus
DRANSE ABONDANCE

Dranse d’Abondance (secteurs Richebourg / Les Ogays) : protection et confortement de berges

Bassin / sous-bassin concerné

Il s’agit du sous-bassin de la Dranse d’Abondance, composante du bassin Dranses-Est lémanique. Les interventions se concentrent sur des secteurs identifiés comme sensibles en aval de la montagne d’Abondance, autour de Richebourg et du pont des Ogays.

Structures porteuses et acteurs

Le maître d’ouvrage technique et opérationnel est le SIAC, agissant dans le cadre du Contrat de rivières. La Communauté de communes Pays d’Évian Vallée d’Abondance (CCPEVA) et le Conseil Départemental de la Haute-Savoie figurent parmi les financeurs locaux. La conduite des travaux a mobilisé des bureaux d’études, des entreprises spécialisées en génie végétal et génie civil, ainsi que les services préfectoraux pour l’autorisation environnementale.

Infos clés
  • Les autorisations préfectorales relatives aux secteurs Miolène, Richebourg et Ogays ont été publiées en 2024 ;
  • le démarrage des interventions sur Richebourg a eu lieu à la fin août / début septembre 2024 ;
  • le chantier lié aux Ogays a été programmé pour l’automne 2025 (interventions ponctuelles et tranches courtes, ordre de grandeur : quelques semaines par tranche) ;
  • le financement est assuré par la CCPEVA et le Département, avec maîtrise d’ouvrage SIAC.

Enjeux et contexte

Les secteurs étudiés présentaient une fragilité des berges, une emprise des chemins et des infrastructures riveraines, ainsi que des pressions liées à l’usage récréatif et au bocage ripisylve fragilisé. L’objectif principal est double : limiter l’érosion menaçant les équipements et les sentiers tout en préservant ou rétablissant des fonctionnalités écologiques (gîtes, continuités biologiques, surfaces de lit en divagation). Ces enjeux sont cohérents avec les constats dressés lors du diagnostic du Contrat de rivières.

  • Lien Stratégie / planification / programmation

Les opérations s’inscrivent dans la programmation opérationnelle du Contrat de rivières des Dranses et de l’Est lémanique et dans la délégation GEMAPI exercée par le SIAC. Les travaux suivent les priorités fixées lors des diagnostics de phases successives du contrat (plans pluriannuels et avenants).

  • Plus-value du portage par un syndicat de bassin

Le portage par le SIAC a permis d’agréger les besoins de plusieurs communes et de mutualiser les financements et compétences, ce qui a facilité l’obtention des autorisations et des subventions, et la planification de tranches de travaux cohérentes à l’échelle du sous-bassin. Le syndicat assure aussi la continuité d’entretien post-travaux et la coordination avec les chemins de randonnée et les acteurs touristiques locaux.

Déroulé et Gouvernance

Le chantier a été précédé d’une instruction administrative (arrêté préfectoral DDT-2024-0696) et d’un phasage pour limiter les impacts biologiques et d’usage. La méthode combine travaux en berge (enrochements, caissons) et actions de génie végétal ; le phasage évite les périodes sensibles pour la faune. La concertation a impliqué la commune, la CCPEVA, les services de l’État et les gestionnaires de sentiers ; des panneaux et circulations adaptées ont été prévus pour informer les usagers.

Résultats & impacts

À l’issue des tranches réalisées (Richebourg : automne 2024 ; Ogays : travaux programmés et poursuivis en 2025), les bénéfices attendus sont la stabilisation rapide des berges critiques, la réduction des besoins d’entretien urgent, et l’amélioration des continuités écologiques locales. Concrètement, le chantier empiète temporairement sur le sentier mais rétablit des berges plus robustes et végétalisées, ce qui doit diminuer l’érosion récurrente observée auparavant. Les retours terrain et la communication locale indiquent une gêne maîtrisée et une acceptation progressive des aménagements.

  • Contribution à la résilience face au changement climatique

En limitant l’érosion et en rétablissant des berges végétalisées, les aménagements renforcent la capacité du cours d’eau à supporter des crues plus fréquentes et intenses et à limiter les pertes de sédiment. L’approche favorise également la régulation locale des écoulements et la fonctionnalité des corridors écologiques, deux leviers essentiels pour l’adaptation territoriale.

Enseignements

La concertation en amont et l’articulation avec les usages (sentiers, pratiques touristiques) sont déterminantes pour la bonne tenue du chantier. Les travaux montrent l’intérêt de solutions mixtes (dure + végétale) quand les enjeux patrimoniaux ou d’accès l’exigent.


Ce retour d’expérience a été relu et validé par l’établissement.

Pour en savoir plus

DRANSE DE MORZINE

Dranse de Morzine : Restauration hydromorphologique et prévention des inondations (3 secteurs prioritaires)

Bassin / sous-bassin concerné

La Dranse de Morzine (sous-bassin des Dranses) est la cible de ces travaux. Les interventions concernent trois tronçons identifiés lors des diagnostics du Contrat de rivières comme prioritaires pour restaurer la morphologie, améliorer la continuité sédimentaire et réduire le risque d’impacts sur les communes riveraines.

Structures porteuses et acteurs

Le SIAC assure la maîtrise d’ouvrage et la programmation des travaux dans le cadre de la délégation GEMAPI et du Contrat de rivières. Les communes concernées (Morzine, Montriond, St-Jean-d’Aulps, Essert-Romand, La Baume et Le Biot), les services de l’État (préfecture / DDT), des bureaux d’études spécialisés, des entreprises locales et des financeurs (Agence de l’eau, Département) sont impliqués à différentes étapes. La gouvernance s’appuie sur le comité de rivière pour la concertation.

Infos clés

Le calendrier opérationnel prévu dans les dossiers indique des durées de chantier de l’ordre de 4 à 6 mois par secteur ; la tranche opérationnelle a démarré en septembre 2025. Les principaux travaux se sont achevés à l’automne 2025. La finalisation des derniers ouvrages aura lieu à partir de juin 2026. Les financements sont multi-partenariaux et intégrés à la programmation du Contrat de rivières.

Enjeux et contexte

Les diagnostics ont identifié une mauvaise dynamique alluviale sur certains tronçons, des risques d’érosion menaçant les routes, ouvrages et zones habitées, ainsi qu’un déficit de fonctionnalité écologique. L’objectif est donc de restaurer la morphologie active de la Dranse de Morzine pour réduire l’aléa inondation, restaurer la continuité sédimentaire et améliorer l’état écologique du cours d’eau. Ces enjeux sont accentués par des épisodes hydrologiques intenses et l’augmentation des aléas liés au changement climatique.

  • Lien Stratégie / planification / programmation de Bassin

Le projet s’inscrit dans l’axe opérationnel prioritaire du Contrat de rivières et répond aux orientations de la planification territoriale en matière de gestion des risques et de préservation des milieux aquatiques. L’action est programmée en cohérence avec d’autres mesures sur le bassin pour optimiser les bénéfices à l’échelle hydrographique.

  • Plus-value du portage par un syndicat de bassin

Agir à l’échelle du sous-bassin via le SIAC garantit une approche cohérente des transferts sédimentaires et des dynamiques de cours d’eau – dimension impossible à gérer efficacement au seul niveau communal. Le syndicat facilite le partage des coûts, la priorisation des tronçons et la coordination avec les services de l’État et les financeurs.

Déroulé et Gouvernance

Le dossier a suivi une instruction administrative (rapports et avis disponibles), des diagnostics préalables et une concertation locale. Les travaux ont été phasés pour éviter les périodes de reproduction et limiter les nuisances. Le SIAC a piloté la maîtrise d’œuvre et assuré la coordination des intervenants (entreprises, bureaux d’études, collectivités). Le suivi post-chantier est intégré au périmètre GEMAPI pour garantir l’entretien et la pérennité des aménagements.

Résultats et impacts

Le chantier (saisons 2025) a permis de restaurer des tronçons significatifs, de sécuriser des berges et d’améliorer la capacité d’expansion des crues sur les secteurs traités. Les effets attendus sont une diminution de l’érosion active, un meilleur transit sédimentaire, la création d’habitats et une réduction de la vulnérabilité des infrastructures riveraines. Le bilan de fin de saison (nov. 2025) laisse entrevoir une amélioration notable de la fonctionnalité morphologique sur les tronçons traités.

  • Contribution à la résilience face au changement climatique

En restaurant des dynamiques naturelles (divagation, stockage sédimentaire, création de zones tampons), le projet augmente la capacité du territoire à absorber et diffuser les crues, limite l’érosion accélérée et contribue à la continuité écologique – autant de facteurs qui renforcent la résilience territoriale face à des événements hydrologiques de plus forte intensité.

Enseignements

La mise en œuvre a confirmé l’importance d’un diagnostic fin, d’un phasage pour limiter les impacts biologiques et d’un suivi post-travaux pour vérifier la stabilité morphologique. La coordination entre acteurs (SIAC, communes, DDT, entreprises) et la communication locale sont des facteurs clés de succès.

Ce retour d’expérience a été relu et validé par l’établissement.

Pour en savoir plus

embouchure dranse

Basse Dranse : Restauration hydromorphologique et gestion intégrée des milieux aquatiques

Bassin / sous-bassin concerné

Le projet concerne le bassin versant des Dranses et de l’Est lémanique, et plus spécifiquement la basse Dranse – entre le pont de la Douceur et le delta de la Dranse, à l’aval.

Structures porteuses et acteurs

Le maître d’ouvrage est le SIAC, qui porte le Contrat de rivières des Dranses et de l’Est lémanique depuis 2017.
Ce contrat regroupe les intercommunalités du territoire (Thonon Agglomération, Communauté de communes du Haut Chablais – CCHC —, et Communauté de communes Pays d’Évian Vallée d’Abondance – CCPEVA).
L’Etat (services concernés, préfectorat) et des partenaires financiers comme l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse ainsi que le Conseil Départemental de la Haute-Savoie participent au financement et à la supervision.
Le projet mobilise également des bureaux d’études, des entreprises pour les travaux, et des associations/usagers via le comité de rivière.

Infos clés
  • Le bassin des Dranses et de l’est lémanique couvre environ 638 km², avec un linéaire cumulé de 210 km de cours d’eau.
  • Le programme initial du Contrat de rivières prévoyait un budget global de 23 millions d’euros.
  • Les travaux de restauration de la basse Dranse ont concerné un linéaire d’environ 4,5 km.
  • Le montant de l’opération a été de l’ordre de 4,3 millions d’euros HT.
  • Les financements proviennent d’environ 50% de l’Agence de l’eau, ~26% du Département, le reste étant autofinancé par les collectivités locales (Thonon Agglo, CCPEVA, etc.).

Enjeux et contexte

Au fil des décennies, notamment depuis les années 1950, l’urbanisation et l’aménagement des berges ont réduit l’espace de divagation naturelle de la Dranse. Le lit s’est rétréci, les bras secondaires se sont progressivement refermés, les bancs de graviers ont été colonisés par des plantes invasives (ex : Renouée du Japon, buddleia, solidage, faux acacia), ce qui a fortement altéré la dynamique sédimentaire et la biodiversité.

La crue de 2015 a révélé la vulnérabilité du secteur aval de la Dranse – le manque de zones d’expansion naturelles des crues augmentait le risque d’inondations.

Ainsi, le projet cherchait à restaurer le fonctionnement naturel de la rivière – mobilité, sédiments, biodiversité – tout en assurant une meilleure protection des biens et des personnes contre les crues.

  • Lien stratégie / planification / programmation bassin

Le projet s’inscrit dans le cadre du Contrat de rivières des Dranses et de l’Est lémanique, signé en 2017, prolongé via un avenant pour 2023-2024 afin d’achever les actions non réalisées dans les délais initiaux.

Ce contrat formalise une gestion intégrée et concertée des milieux aquatiques, de la ressource en eau, de la biodiversité et des risques d’inondation à l’échelle cohérente du bassin versant.

Le SIAC, reconnu EPAGE depuis 2019, est l’animateur et maître d’ouvrage des actions prévues.

  • Plus-value du portage par un syndicat de bassin

Le portage par le SIAC, une structure intercommunale couvrant 62 communes dont 40 sur le bassin versant, permet une vision à l’échelle globale – ce qui est essentiel pour traiter les dynamiques de rivière, sédimentation, continuité écologique et risques d’inondation de façon cohérente.

Grâce à la mutualisation des moyens (techniques, financiers, compétences), le SIAC peut mener des projets de grande ampleur, mobiliser des partenaires variés (collectivités, Etat, Agence de l’eau, associations, bureaux d’études), et coordonner les travaux selon des priorités définies de façon concertée.

La gouvernance via un comité de rivières offre un cadre participatif associant collectivités, usagers, associations, services publics – garant de la robustesse et de l’acceptabilité du projet.

  • Déroulé et Gouvernance

Le projet a été conçu à l’issue d’un diagnostic global du bassin versant, dans le cadre du Contrat de rivières lancé en 2017.
Le comité de rivières, composé de représentants des collectivités, des usagers, des associations, des services publics, a défini les priorités, validé la programmation d’actions, le financement et les modalités de suivi.

Pour les travaux sur la basse Dranse, les interventions ont combiné des méthodes de génie végétal, des terrassements, la suppression de végétation envahissante, la réouverture de chenaux, la remise en mouvement sédimentaire, la reconquête des berges et la reconquête d’un « espace de bon fonctionnement » pour la rivière.

Le SIAC a veillé à minimiser les impacts sur les milieux naturels – par un phasage des travaux hors périodes sensibles, la préservation des habitats, la création de gîtes pour la faune, etc.

Financement et gouvernance financière : l’opération a été co-financée par l’Agence de l’eau, le Département, les collectivités locales, avec autofinancement ; la structure a mis en place un service GEMAPI à plein exercice pour assurer la gestion, le suivi technique, administratif et financier des actions.

Résultats et impacts

L’inauguration des travaux de la basse Dranse a eu lieu le 15 mars 2025, marquant l’achèvement d’un chantier de deux ans et demi.

Parmi les retombées attendues ou déjà constatées : la restauration de la dynamique naturelle de la rivière (transport sédimentaire, diversité des écoulements), la reconquête d’environ 19,7 hectares d’espace de bon fonctionnement pour la rivière, favorisant la biodiversité, la reconquête d’habitats aquatiques et rivulaires, et la lutte contre les espèces invasives (notamment la renouée du Japon).

Sur le plan de la protection des populations et des infrastructures, la renaturation et le réaménagement des berges améliorent la résilience face aux crues – l’ouverture de chenaux secondaires, la restauration des zones d’expansion des crues, la stabilisation des berges diminuent le risque d’inondation et d’érosion.

Ces travaux renforcent la qualité écologique du cours d’eau et sa capacité à absorber les épisodes hydrologiques extrêmes, ce qui constitue un atout face au changement climatique.

  • Contribution à la résilience face au changement climatique

En rétablissant les dynamiques naturelles de la rivière (écoulement, sédimentation, zones de divagation), le projet augmente la capacité de la Dranse à absorber et à dissiper l’énergie des crues, à reconstituer des habitats, à favoriser la biodiversité, et à maintenir un bon fonctionnement écologique – des éléments clés pour faire face à des événements extrêmes potentiellement plus fréquents ou intenses.

De plus, la reconquête d’un espace de « respiration » de la rivière, la reconnexion des chenaux secondaires et l’amélioration de la continuité écologique participent à la robustesse du milieu face aux dérèglements hydrologiques.

Enseignements et réflexions

  • Le portage par un syndicat de bassin – avec une gouvernance collective et transversale – permet de dépasser les limites communales et d’agir à l’échelle pertinente du bassin versant, ce qui est indispensable pour les questions hydrologiques, sédimentaires, écologiques et de gestion des crues.
  • L’approche intégrée – prise en compte conjointe de l’hydromorphologie, de la biodiversité, de la gestion des eaux, et des risques – montre qu’on ne peut pas traiter l’eau comme un simple paramètre : il faut restaurer les processus naturels pour garantir la durabilité.
  • La planification à long terme (contrat de rivières, avenants) permet de lisser les financements, d’assurer la continuité des projets, et de mobiliser des acteurs divers autour d’enjeux partagés.
  • Les techniques de génie végétal, la renaturation, la gestion douce des berges, sont des leviers efficaces pour concilier sécurité – inondations, érosion – et préservation écologique.

Ce retour d’expérience a été relu et validé par l’établissement.

Pour en savoir plus

image

Trèbes : d’un projet hydraulique à un projet global d’Aménagement

Info et chiffres clés

Le projet est financé à 2,44 M€ (PAPI 3 de l’Aude) dont :

  • État : 50 %
  • Département : 19,75 %
  • Région : 10,25 %
  • EPTB : 20 %

Situation

Le territoire du SMMAR EPTB Aude s’étend sur :

  • 419 communes
  • 5 départements (11, 09, 34, 66, 81)
  • 16 EPCI ayant transféré intégralement la compétence GEMAPI à l’EPTB et qui lèvent tous la taxe GEMAPI

Le bassin de l’Aude est particulièrement vulnérable aux précipitations méditerranéennes avec 90 % du bassin exposé au risque inondation. Le 15 octobre 2018, le bassin connaît un événement particulièrement dévastateur avec :

  • 350 mm de pluie en moins de 10 h
  • une montée des eaux de 7 mètres en 8 h
  • 15 décès sur le bassin, dont 5 à Trèbes

Cet épisode dramatique déclenche une prise de conscience profonde : la technique seule ne suffit plus face à l’évolution des enjeux. Reconstruire « à l’identique » n’est ni souhaitable, ni durable.

Enjeux et Objectifs

L’enjeu central de l’opération consistait à dépasser une approche strictement hydraulique et technique de la gestion du risque pour engager un véritable projet global d’aménagement, fondé sur la résilience, la renaturation et l’adaptation au changement climatique, le développement de nouveaux usages et la reconnexion entre les habitants et le fleuve.

Cette ambition se décline en plusieurs objectifs complémentaires. Le projet visait d’abord à redonner de l’espace au fleuve, condition indispensable pour réduire l’énergie des crues et atténuer leurs effets. Il s’agissait également, par des actions complémentaires portées par la Ville de Trèbes, de recomposer un quartier entier, en prenant pleinement en compte sa vulnérabilité et en repensant et adaptant ses usages. La restauration des continuités écologiques et des fonctions naturelles du lit majeur constituait un autre axe majeur, indispensable à la qualité des milieux et au fonctionnement hydraulique.

L’opération poursuit en parallèle la réduction du risque inondation pour les habitants, tout en créant des espaces publics attractifs et de reconnecter les habitants à leur fleuve. Enfin, l’ensemble de la démarche repose sur la volonté de bâtir un projet partagé, intégré et pérenne, qui englobe une approche de réduction du risque et de recomposition urbaine.

L’enjeu majeur est de passer d’une logique strictement hydraulique de prévention des inondations à un projet global d’aménagement fondé sur la résilience, la renaturation et l’adaptation au changement climatique.

Déroulé et Gouvernance

Le projet se construit sur 7 ans, dans une dynamique entièrement collaborative. Le SMMAR – EPTB Aude joue un rôle moteur, assumant la maîtrise d’ouvrage et orchestrant cette opération en étroite collaboration avec la commune de Trèbes, impliquant élus, services municipaux et habitants à chaque étape.

De nombreux partenaires institutionnels ont contribué à la réussite du projet :

  • Le SMMAR EPTB Aude maître d’ouvrage et la Ville de Trèbes ont coconstruit le projet d’aménagement avec l’appui du maître d’œuvre SCE spécialisé en hydraulique fluviale et aménagement, et avec l’architecte Eric DANIEL-LACOMBE spécialisé dans la résilience inondation.
  • Carcassonne Agglo, le service risques de la DDTM de l’Aude, les services Eau du Département et de la Région Occitanie, ont accompagné le portage du projet via divers comités techniques.
  • L’EPF Occitanie a assuré une maîtrise foncière 100 % amiable.
  • L’Architecte des Bâtiments de France et le CAUE de l’Aude ont apporté leur expertise paysagère.
  • La DDTM (services risques, aménagement, agriculture et biodiversité) ont veillé à la conformité réglementaire.
  • L’Office Français de la Biodiversité, la Fédération de pêche et l’AAPPMA de Trèbes ont été des partenaires clés.
  • D’autres acteurs comme la police municipale, les services technique et urbanisme de la Ville, le SDIS ou encore la chambre d’agriculture ont également ponctuellement contribué au projet.

La démarche repose sur une méthode profondément ancrée dans la concertation. Tout au long du projet, habitants et élus ont été associés, via des temps d’échanges et des phases de définition collective des usages. Cette dynamique participative a permis de décloisonner totalement les approches — hydraulique, urbanisme, écologie, paysage — pour construire une vision commune et cohérente de l’aménagement.

Résultats et Impacts

Après plusieurs années, Trèbes bénéficie d’un véritable espace résilient, où le fleuve retrouve sa place et où les usages urbains se réinventent en harmonie avec le risque et en adéquation avec la nature.

L’acquisition de 13 hectares sur la traversée de Trèbes permet de rendre à l’Aude son espace de bon fonctionnement et de dissiper latéralement son énergie lors des crues.

L’école a été reconstruite en zone inondable, sur pilotis, mais dans des espaces de moindre vulnérabilité, et ce afin de conserver la vie du quartier.

La création d’un espace public de haute qualité a constitué un autre pilier du projet. L’aménagement paysager, conçu en concertation étroite avec les habitants, a fait l’objet d’une attention particulière. L’ambition était de produire un véritable « effet waouh » pour donner envie aux habitants de revenir au bord de la rivière et de se réapproprier ce paysage. Un verger citoyen, accessible en libre cueillette, enrichit ce nouvel ensemble et contribue à renforcer le lien social autour des espaces naturels.

La réussite du projet tient autant à l’aménagement final qu’au chemin parcouru : une profonde évolution des pratiques et des modes de pensée, rendu possible par un engagement politique déterminé.

Résultats techniques

  • Création de lits moyens permettant d’abaisser la ligne d’eau jusqu’à 50 cm en crue,
  • Suppression d’un ancien plan d’eau artificiel permettant d’éviter le prélèvement annuel de dizaines de milliers de mètres cubes d’eau,
  • Aménagement de pentes douces, sols perméables, fossés humides de type noues, dans un souci permanent de perméabilité plutôt que de drainage,
  • Plantation de 250 arbres, création d’une forêt alluviale, avec une végétalisation par des essences méditerranéennes ne nécessitant pas d’arrosage.

Résultats institutionnels

  • Un modèle de recomposition urbaine inspirant et facilement reproductible pour d’autres collectivités,
  • Une opération reconnue : lauréat du Prix national Art Urbain 2025, mention environnement.

Enseignements

Cette opération montre qu’un EPTB est un véritable acteur de l’aménagement du territoire, capable de dépasser la simple gestion du risque pour impulser et coordonner des projets urbains innovants rendus indispensables par le changement climatique.

Parmi les principaux enseignements :

  • la volonté politique et le changement de culture sont déterminants,
  • reconstruire différemment est impératif dans un contexte de changement climatique,
  • décloisonner les pratiques (hydraulique / urbanisme / paysage / écologie) est la clé du succès,
  • la co-construction sur le temps long sécurise, enrichit et légitimise le projet.
Pour en savoir plus :

Ruisseau du Laurenti

Reconnecter rivières, nappes et territoires face aux crues et au changement climatique – EPTB Aude

Info et chiffres clés

Après les événements de 2018, le SMMAR a accéléré une politique d’acquisition foncière et de reconquête d’espaces de mobilité alluviale. Les rapports d’activité et bilans du SMMAR font état d’opérations d’acquisition et de travaux sur plusieurs dizaines d’hectares (ex. opérations commençant dès 2018 avec des tranches d’acquisition et travaux). La stratégie foncière et la programmation des EBF sont cofinancées par l’Agence de l’eau, les départements et la Région.

Enjeux

Le projet vise à contrer l’incision généralisée des lits (par endroits > 1 m d’enfoncement), la perte de charge sédimentaire, la déconnexion nappe/rivière et la dégradation des fonctions écologiques et épuratoires des alluvions. L’objectif est double : diminuer la vulnérabilité aux inondations et restaurer la résilience hydrologique et écologique (connexion nappe/rivière, soutien d’étiage, auto-épuration, habitats piscicoles). La crue d’octobre 2018 a révélé l’insuffisance d’espaces de mobilité et a accéléré la mise en œuvre d’EBF.

Les opérations s’inscrivent dans une logique de contrats de bassin et de plans pluriannuels de gestion, ce qui permet d’accéder à des financements de l’Agence de l’eau et d’articuler l’action à l’échelle des sous-bassins. Le SMMAR travaille aussi à intégrer la stratégie foncière dans les documents de planification et d’aménagement (pour identifier priorités et secteurs à reconquérir). La restauration par EBF est présentée comme complémentaire — voire préférable — à la création ponctuelle de CEC (champs d’expansion de crues) parce qu’elle vise un effet hydromorphologique global difficile à démontrer par modélisation ponctuelle. La restauration des processus fonctionnels de la rivière est plus complet qu’avec une reconnexion simple de CEC

Le portage par le SMMAR permet une approche intégrée à l’échelle du bassin : coordination entre syndicats, mise en œuvre d’une stratégie foncière, négociation collective avec les agriculteurs, mobilisation des financeurs (Agence de l’eau, Département, Région) et mutualisation des études et des compétences techniques. Cette échelle facilite aussi la cohérence des actions — nécessaires pour que la recharge sédimentaire et la restauration soient efficaces — et la capacité à monter des opérations foncières et juridiques (acquisitions, conventions) lourdes.

Déroulé et gouvernance

La conception du projet repose sur un diagnostic hydromorphologique des sous-bassins (identification des secteurs incisés, des barrières à la mobilité, et des zones où la renaturation offre un gain d’expansion de crue sans enjeux urbains). Le SMMAR a mené concertation et négociation avec les propriétaires agricoles, la Chambre d’agriculture, la SAFER et les financeurs pour des acquisitions et des mesures d’accompagnement. Les actions techniques consistent à supprimer ou réduire les protections rigides, à déstructurer localement les berges, à dessoucher des ripisylves stabilisantes quand nécessaire, puis à laisser la dynamique fluviale re-créer une bande active fonctionnelle (ou EBF) par des processus de dépôt et d’érosion. La gouvernance associe collectivités locales, syndicats de rivières, services de l’État et financeurs (Agence de l’eau, Région, Département).

  • Acteurs locaux impliqués et partenariats

Sont intervenus : SMMAR/EPTB Aude (porteur), syndicats de rivières affiliés, Département de l’Aude, Région, Agence de l’eau, Chambre d’agriculture, SAFER, EPF locaux, services de l’État (préfecture / DDT), et acteurs locaux (exploitants agricoles, associations environnementales). Les partenariats avec la SAFER et la Chambre d’agriculture ont été essentiels pour négocier les acquisitions et limiter les conflits d’usage.

Bénéfices observés ou attendus

La politique d’EBF a d’abord produit des résultats très visibles sur le plan foncier et opérationnel. Dès les premières années suivant la crue de 2018, le syndicat a engagé une stratégie d’acquisition ciblée sur des secteurs à fort enjeu hydromorphologique. Cette politique a permis de sanctuariser progressivement des zones riveraines jusque-là exploitées ou fragmentées, afin de rendre possible l’élargissement spontané du lit, la remobilisation sédimentaire et le débordement contrôlé des crues. Ces acquisitions ont souvent été conduites avec l’appui de la Chambre d’agriculture et de la SAFER, permettant d’aboutir à des accords fonciers sans conflictualité majeure, notamment par échanges ou réorganisation du parcellaire agricole.

Sur le plan hydraulique, plusieurs retours d’expérience font état d’une modification sensible des écoulements après travaux. Sur des secteurs autrefois endigués, la suppression de protections de berges et de diguettes a permis aux crues récentes de s’étaler dans les secteurs remis en espace de bon fonctionnement, réduisant localement les hauteurs d’eau dans le lit contraint. Même lorsque l’effet n’est pas immédiatement quantifiable, les équipes techniques soulignent un changement qualitatif important : la rivière retrouve des marges de liberté, les écoulements sont moins concentrés, la dissipation de l’énergie en période de crue est améliorée.

Concernant les nappes alluviales, des effets favorables attendus sont déjà observés. La reconnexion latérale du lit avec son lit majeur permet une meilleure infiltration lors des crues ordinaires, favorisant la recharge des nappes superficielles. Plusieurs secteurs restaurés montrent une humidification durable des sols alluviaux, une extension des zones humides riveraines et, dans certains cas, le retour d’une végétation hygrophile auparavant absente. Ces signes sont interprétés comme les premiers indices d’une restauration progressive des échanges nappe–rivière, ainsi que d’une amélioration de la capacité naturelle de stockage de l’eau.

Sur le soutien d’étiage, les résultats sont plus longs à mesurer mais déjà perceptibles de manière qualitative. Les tronçons restaurés présentent une meilleure variabilité morphologique (radiers, mouilles, zones lentiques), ce qui favorise la rétention d’eau locale et limite l’assèchement brutal des lits en été. Des écoulements résiduels ont été observés plus durablement dans des secteurs autrefois secs en période estivale, notamment après des printemps arrosés, ce qui est interprété comme un effet cumulatif de la recharge des nappes et de la diminution de l’incision du lit.

Les bénéfices écologiques sont également largement documentés. Le retour de bancs de graviers, de bras secondaires temporaires et de zones d’eau peu profonde a permis une recolonisation progressive par la végétation rivulaire et par certaines espèces inféodées aux milieux alluviaux dynamiques. La reconstitution d’habitats piscicoles, la diversification des écoulements et la reprise de processus naturels de tri granulométrique sont également à souligner, ce qui participe à une amélioration globale du fonctionnement biologique des cours d’eau.

Enfin, sur le plan économique et opérationnel, les retours d’expérience mettent en évidence un enseignement important : les EBF, même s’ils nécessitent des efforts fonciers au départ, permettent souvent de limiter à moyen terme les coûts répétitifs de protection de berges et d’interventions lourdes post-crue. Là où des enrochements devaient être régulièrement repris, la rivière, une fois libérée, réorganise seule ses écoulements et ses berges. Le coût initial des acquisitions est compensé par la réduction des dépenses futures de réparation, dans une logique d’investissement structurel plutôt que de gestion de crise permanente.

En résumé, les résultats les plus tangibles portent aujourd’hui sur :

  • la maîtrise foncière effective de secteurs à forts enjeux hydromorphologiques,
  • la diminution locale de la vulnérabilité aux crues,
  • la restauration progressive des connexions hydrauliques et écologiques,
  • les premiers signaux positifs sur la recharge des nappes et le soutien d’étiage,
  • et une amélioration globale de la fonctionnalité écologique des cours d’eau restaurés.

Contribution à la résilience face au changement climatique

En restaurant la mobilité sédimentaire et la connexion nappe/rivière, les EBF favorisent le stockage et la restitution lente de l’eau (soutien d’étiage) et réduisent l’agressivité des crues en dissipant l’énergie par transport solide. Cette double action diminue la vulnérabilité des infrastructures, améliore la disponibilité d’eau en période sèche et restaure des continuités écologiques — autant de leviers de résilience climatique. L’approche EBF représente donc une adaptation structurante, complémentaire aux mesures purement hydrauliques.

Enseignements

Le principal enseignement est que les actions hydromorphologiques efficaces exigent une vision de bassin, des moyens fonciers et des partenariats locaux solides. Le choix d’un EPTB/syndicat de bassin comme porteur permets d’articuler diagnostics, stratégie foncière et financements. On constate la nécessité d’agir à l’échelle du bassin (et non au coup par coup), d’associer les acteurs agricoles dès l’amont des négociations et d’intégrer la dynamique sédimentaire dans les programmes de gestion des risques.

En savoir plus


Annexe hydraulique de la Justice à Haroué - avril 2023 © EPTB - M. Grosjean

Au cœur de la vie des cours d’eau – l’action de l’EPTB Meurthe-Madon pour la restauration et la résilience des rivières

Chiffres clés
  • L’EPTB couvre 4700 km de cours d’eau sur l’ensemble de ses bassins (Meurthe, Madon, affluents de la Moselle).
  • Le programme initial PAPI Madon (labellisé en 2018, mis en œuvre depuis 2019 et terminé fin 2025) représentait un coût total d’environ 18 millions d’euros HT.
  • Le PAPI incluait à la fois des aménagements hydrauliques (1 Zone de Ralentissement Dynamique de crues, 1 système d’endiguement) mais aussi des opérations mixtes (création d’un chenal de crues), des solutions fondées sur la nature (reméandrage, arasement de seuils, zones d’expansion de crues) et des opérations de renaturation et de reconquête des milieux.
  • Dans le cadre de la restauration du Val d’Arol (affluent rive gauche du Madon) : 14 km restaurés de la source à la confluence.
  • Pour ces travaux : 1 680 mètres linéaires de plantations, 5 855 mètres linéaires de clôtures, 14 descentes d’abreuvement, 3 passages à gué, installation d’une pompe solaire.
  • Pour la restauration du Madon à hauteur du moulin de Bralleville, en accompagnement de l’effondrement d’un seuil, (lit du cours d’eau sur 230 mètres) : 850 arbres et boutures plantés, 5096 m² de berges ensemencées, budget de 123 000 € HT.

Enjeux

Le bassin du Madon est exposé à un risque inondation important, avec des crues récurrentes qui ont causé, notamment en 2006, des dommages significatifs sur les personnes, les biens, les infrastructures, les activités économiques et l’environnement.

Par ailleurs, le bon état écologique du Madon avait été altéré : le lit fluvial était morcelé par des ouvrages, les annexes hydrauliques avaient disparu ou étaient dégradées, la ripisylve affaiblie, ce qui compromettait la biodiversité, la reproduction des poissons (notamment le Brochet, espèce-repère), la continuité écologique, et la capacité du cours d’eau à remplir ses fonctions naturelles de régulation hydraulique.

Ainsi, le projet cherchait à répondre à deux besoins conjoints : restaurer les milieux aquatiques pour la biodiversité et redonner au cours d’eau ses capacités hydrauliques naturelles pour mieux prévenir les inondations.

–          Lien avec stratégie / planification

Le projet s’inscrit dans le cadre du PAPI Madon, labellisé en 2018, mis en œuvre depuis 2019 et terminé fin 2025. L’EPTB, en tant que structure de bassin, pilote une stratégie globale de gestion des risques d’inondation et de restauration des milieux aquatiques.

Les financements proviennent combinés de l’État (fonds Barnier), de l’Agence de l’Eau Rhin-Meuse, de la Région Grand-Est, des fonds européens (FEDER), des collectivités et de l’EPTB. Le budget 2026 de l’EPTB confirme la poursuite des études et des travaux sur le Madon et ses affluents (reméandrage, renaturation, protection contre les crues, restauration écologique) dans les prochaines années.

–          Plus-value du portage par un syndicat de bassin

Le fait de confier le portage à un syndicat de bassin comme l’EPTB Meurthe-Madon présente plusieurs atouts :

  • approche intégrée à l’échelle du bassin versant : inondation, milieux aquatiques, biodiversité – coordination entre communes, départements, région, État, associations, usagers.
  • capacité à mobiliser des financements divers (État, Europe, agence de l’eau, collectivités) pour des projets de grande ampleur.
  • cohérence entre restauration écologique et réduction du risque inondation (et non traitement ponctuel ou morcelé).
  • Mise en œuvre d’une solidarité de bassin par une mutualisation des connaissances, des expertises, des moyens techniques et financiers – plus efficace que des initiatives dispersées commune par commune.

Déroulé et gouvernance

Le projet s’est structuré progressivement :

  • Diagnostic global 2014–2016 (physique du Madon, modélisation hydraulique) pour identifier les zones à risque et le potentiel de restauration.
  • Labellisation du PAPI Madon en 2018, puis concertation des acteurs (collectivités, État, associations, usagers) pour définir les aménagements.
  • Lancement des travaux à partir de 2019 pour les premières annexes (Lemainville, Mattaincourt) puis élargissement aux affluents (Val d’Arol) et au cours principal (Madon, moulin de Bralleville).
  • Suivi, inventaires, restauration de la ripisylve, plantes envahissantes, aménagements hydrauliques, renaturation, replantations – en concertation avec riverains, usagers, collectivités.
  • Pour certaines opérations (ex. zones de rétention des crues) : démarches administratives (dossier loi sur l’eau : plus de  3000 pages et 2,5 ans d’instruction), enquête publique, déclaration d’utilité publique, servitudes – gage de pérennité et d’acceptation.

Résultats et impacts

À l’échelle du bassin : restauration ou création d’annexes hydrauliques – lieux de frayères pour poissons, habitats pour amphibiens, oiseaux, invertébrés, ripisylves – ce qui relance la dynamique écologique, la diversité des milieux, et la résilience des écosystèmes face aux aléas hydrologiques.

Sur le Val d’Arol : 14 km restaurés, plantations, réhabilitation des berges, création de gués, points d’abreuvement – ce qui améliore l’écoulement, la qualité des habitats aquatiques, l’abreuvement du bétail, la sécurité des berges, et la biodiversité.

Sur le Madon – moulin de Bralleville : 230 m de lit renaturé, 850 arbres/boutures plantés, 5 096 m² de berges re-végétalisées ; l’écoulement et la continuité écologique ont été durablement rétablis, la berge stabilisée, la route départementale protégée.

La restauration écologique s’articule avec la réduction du risque inondation : en redonnant un fonctionnement naturel au cours d’eau, en recréant des zones d’expansion, la capacité du territoire à absorber les crues est améliorée – ce qui renforce la sécurité hydrologique et la résilience face aux événements climatiques extrêmes.

Sur le plan institutionnel et de gouvernance, le projet a permis de mobiliser un large panel d’acteurs (fédérations, collectivités, État, agences …), de structurer une stratégie à l’échelle de bassin, et de pérenniser les interventions grâce à des financements stables.

–          Contribution à la résilience du territoire face au changement climatique

En restaurant les annexes hydrauliques, en renaturant les berges, en recréant des zones d’expansion des crues et en améliorant la continuité écologique, le projet renforce la capacité du bassin à absorber les variations d’écoulement – crues comme étiages – et à maintenir des habitats naturels.

Cela favorise une meilleure régulation hydrologique naturelle, renforce la biodiversité (facteur clé de résilience), améliore la qualité de l’eau, stabilise les berges, et réduit la vulnérabilité des territoires et des populations face aux événements extrêmes (pluies intenses, crues, sécheresses).

En cela, l’action de l’EPTB Meurthe-Madon constitue un exemple de gestion intégrée, anticipative et durable des cours d’eau, contribuant à l’adaptation des territoires au changement climatique.

Enseignements

Ce retour d’expérience montre qu’une approche de bassin – coordonnée, partenariale, combinant restauration écologique et gestion du risque – est non seulement possible, mais efficace. Elle permet de concilier objectifs environnementaux (biodiversité, milieux aquatiques) et enjeux humains (sécurité, prévention des inondations).

La restauration du Madon et du Val d’Arol illustre que des interventions concrètes (plantations, renaturation, aménagement hydraulique) peuvent produire des résultats visibles, durables, bénéfiques à la fois pour la nature et les habitants.

En savoir plus

Siarja

Réseau Mares du SIARJA – un levier pour restaurer la trame humide et la biodiversité du bassin de la Juine

  • Au cours du contrat 2020–2024, une vingtaine de mares ont été créées ou restaurées.
  • Le Réseau Mares regroupe l’ensemble des données mares : fiches mares, inventaires, localisation, état…

Contexte

En deux mots : biodiversité et régulation du cycle de l’eau.

Depuis plusieurs décennies, de nombreuses mares ont disparu ou se sont dégradées en France, ce qui provoque une perte importante d’habitats pour les amphibiens, les invertébrés, et d’autres espèces liées aux zones humides.

Dans le contexte du bassin de la Juine – marqué par des pressions agricoles, des ruissellements, des risques d’inondation ou d’étiages sévères, aggravés par le dérèglement climatique – maintenir et restaurer un réseau de mares fonctionnel représente un enjeu territorial fort. Le SIARJA entend ainsi contribuer à la résilience hydrologique, à la préservation de la biodiversité, et à la continuité écologique du territoire.

–          Lien stratégie / planification / programmation bassin

Le Réseau Mares s’est inscrit dans le Contrat de Territoire Eau, Climat et Trame verte et bleue 2020–2024 porté par le SIARJA et se poursuit à l’occasion de la prochaine contractualisation 2026-2030. Par ailleurs, la démarche s’appuie sur l’approche « trames » du SIARJA, qui intègre l’eau, les sols, la biodiversité et l’aménagement dans une vision cohérente.

Cette intégration vise à ce que les enjeux liés aux mares (biodiversité, gestion de l’eau, adaptation au climat) soient pris en compte dans les documents de planification (SCoT, PLU), ainsi que dans la mise en œuvre de la compétence GEMAPI.

–          Plus-value du portage par un syndicat de bassin

Porter ce projet par un syndicat de bassin comme le SIARJA offre une vision globale et cohérente du territoire – non fragmentée par les limites communales ou foncières. Cela permet d’optimiser les interventions : connecter des mares entre elles, hiérarchiser les priorités, agir où le bénéfice écologique ou hydrologique est le plus fort.

De plus, en tant que structure compétente pour la gestion de l’eau (milieux aquatiques et humides, inondations, aménagement du bassin), le SIARJA peut intégrer les mares dans une stratégie globale : continuité écologique, gestion des crues, soutien d’étiage, adaptation au changement climatique – ce qui serait plus difficile pour des acteurs isolés.

Déroulé et gouvernance

Le projet a été conçu à l’issue d’un diagnostic global du bassin et d’une cartographie des trames écologiques conduite par le SIARJA suivant une approche innovante développée par TerrOïko.
Un atlas des réseaux écologiques a été établi, incluant les mares recensées comme « réservoirs de biodiversité ».

Le SIARJA a également collaboré à un second programme de recherche, le projet INTERFACE piloté par le CNRS, sur la connectivité de la trame turquoise.

La gouvernance repose sur le comité syndical du SIARJA (délégués désignés par les EPCI membres pour chaque commune), qui valide les décisions, budgets et travaux. Le SIARJA collabore avec des collectivités, des associations de protection de la nature (par exemple porteuses de programmes de recherche-action comme la SPNP), les services de l’État, et les acteurs agricoles selon les contextes des mares – afin d’assurer restauration ou créationentretien et suivi écologique.

Résultats & impacts

Concrètement, le Réseau Mares a permis la création ou la restauration d’une vingtaine de mares sur le territoire du SIARJA depuis le début du contrat en cours.
Ces mares, une fois fonctionnelles, contribuent à la biodiversité – en particulier pour les amphibiens et autres espèces inféodées aux milieux humides – et renforcent la trame turquoise, essentielle pour la connectivité écologique.

En outre, elles participent à la régulation du cycle de l’eau : stockage des eaux pluviales, soutien d’étiage, lutte contre les îlots de chaleur, atténuation des ruissellements et des inondations.

À terme, ce dispositif améliore la résilience du territoire face au changement climatique – en réaffirmant les zones humides comme des infrastructures naturelles pour la gestion de l’eau et la biodiversité.

Enseignements

Le Réseau Mares du SIARJA illustre concrètement la valeur d’une gestion intégrée à l’échelle d’un bassin versant : mares, cours d’eau, zones humides, sols et biodiversité sont traités comme un tout cohérent. C’est une approche moderne et tournée vers l’avenir, qui conjugue enjeux écologiques, hydrologiques et climatiques.

Cela montre aussi qu’une structure intercommunale peut être force de proposition et d’action pour des milieux fragiles : la coordination, le recul territorial, et la compétence GEMAPI donnent un cadre favorable à des projets durables.

Ce travail peut servir de modèle pour d’autres bassins : préserver ou recréer un réseau de mares est un levier peu coûteux mais efficace pour la biodiversité, la gestion de l’eau, et l’adaptation au climat.

Pour en savoir plus :