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Le Pôle Érosion de l’AMEVA : une mission mutualisée pour maîtriser le ruissellement et lutter contre l’érosion des sols

Infos, chiffres clés

  • 82 sous bassins expertisés représentant 54 000 ha à aménager
  • Près de 5000 ouvrages d’hydrauliques douce programmés (haies, fascines, bandes enherbées)

Soutiens

Agence de l’Eau, FEDER, FPRNM

Enjeux et contexte

Le territoire est régulièrement exposé à des épisodes de ruissellement et de coulées de boue, dont la gestion s’avère particulièrement complexe. Les collectivités peinent à agir seules sur un phénomène qui combine à la fois des enjeux hydrauliques, des activités agricoles à forte valeur ajoutée et des contraintes réglementaires. Cette situation rend indispensable un accompagnement structuré, mutualisé et cohérent à l’échelle des bassins versants afin d’apporter une réponse efficace et partagée.

Face à ce constat, l’objectif porté par l’EPTB est de lutter durablement contre le ruissellement et l’érosion des sols en intervenant à des échelles hydrographiques cohérentes, grâce à une expertise mutualisée combinant hydraulique et agronomie. La démarche vise également à accompagner les collectivités dans la conception et le pilotage de leurs programmes, tout en adaptant les stratégies aux effets du changement climatique et à l’intensification des pluies extrêmes. Elle repose enfin sur une meilleure adhésion des propriétaires et des exploitants agricoles, condition essentielle pour assurer l’efficacité et la pérennité des aménagements.

Déroulé, gouvernance et méthode

Mis en place en 2017, le Pôle Érosion repose sur une coopération étroite entre l’AMEVA et SOMEA, permettant d’articuler expertise hydraulique et agronomique au service des collectivités. Le dispositif s’appuie sur un fonctionnement partagé, où l’EPTB pilote l’animation de bassin versant, la coordination des études et l’accompagnement réglementaire, tandis que SOMEA intervient auprès des exploitants pour travailler sur les pratiques agricoles et la mise en place de mesures agronomiques, levier indispensable pour réduire durablement le ruissellement.

Cette gouvernance partagée, structurée autour d’un comité de pilotage réunissant financeurs, partenaires techniques et services de l’État (DDTM, Agence de l’eau…), permet d’assurer une cohérence des actions menées et d’ajuster en continu la stratégie d’intervention selon les enjeux du territoire.

A partir de 2023, le dispositif vise à renforcer son efficacité en engageant une concertation plus précoce avec les agriculteurs, afin de co-construire les programmes et favoriser leur adhésion. Il s’appuie également sur des animations agricoles ciblées sur les bassins prioritaires pour encourager l’évolution des pratiques agronomiques, ainsi que sur une nouvelle priorisation des territoires où le ruissellement impacte fortement les milieux aquatiques. Enfin, il accompagne les collectivités dans l’entretien régulier des ouvrages existants, indispensable pour garantir leur bon fonctionnement.

  • AMEVA (EPTB Somme) : expertise hydraulique, animation territoriale, suivi des ouvrages.
  • SOMEA : expertise agronomique, accompagnement des exploitants, adaptation des pratiques agricoles.

Résultats & impacts

Le Pôle Érosion produit aujourd’hui des résultats concrets et mesurables à l’échelle du bassin. En 2023, 18 programmes sont suivis, couvrant près de 55 000 hectares, ce qui témoigne de l’ampleur de la démarche et de la montée en puissance progressive du dispositif. L’accompagnement a permis l’émergence de maîtrises d’ouvrage publiques désormais actives sur les deux tiers du bassin, condition essentielle pour agir efficacement et durablement à l’échelle des versants.

Cette structuration renforce la cohérence territoriale des interventions et améliore la capacité des collectivités comme des exploitants à comprendre, prévenir et gérer le ruissellement. Le travail étroit mené avec la DDTM contribue également à optimiser les procédures réglementaires, facilitant l’instruction et la mise en œuvre des projets. Par ailleurs, l’entretien régulier et accompagné des ouvrages (noues, fossés, bassins) garantit une meilleure efficacité hydraulique et prolonge la durée de vie des aménagements. Enfin, la nouvelle priorisation des actions engagée avec l’Agence de l’eau permet de concentrer les efforts sur les bassins versants où le ruissellement impacte le plus fortement les milieux aquatiques, renforçant ainsi la portée environnementale du dispositif.

Enseignements

  • La mutualisation AMEVA–SOMEA est un levier essentiel pour agir efficacement sur un phénomène multi-facteur, qui impacte les biens et les personnes (près d’une commune sur deux ayant fait l’objet d’un arrêté CATNAT), mais aussi la fonctionnalité des milieux aquatiques ainsi que le capital sol
  • L’adhésion agricole est une condition clé de réussite : d’où la nécessité d’une concertation plus précoce.
  • Le changement climatique impose de renforcer continuellement animation, priorisation et entretien.
  • Le Pôle Érosion devient progressivement un outil structurant de gestion du territoire, au croisement de l’hydraulique, de l’agriculture et de l’environnement.
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Pour en savoir plus :

AMEVA - Le SAGE Haute Somme

Intégrer l’enjeu « Eaux Pluviales » dans les documents d’urbanisme

Situation

Le territoire du bassin de la Somme est particulièrement vulnérable au ruissellement, aux coulées de boues et aux désordres pluviaux : une commune sur deux a déjà été touchée par un arrêté de catastrophe naturelle pour ruissellement et coulée de boue

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Les secteurs urbains connaissent également des impacts importants, notamment via des déversements par temps de pluie dans les réseaux d’assainissement, dont une part significative est non conforme aux exigences de qualité.

Cette exposition forte a conduit l’EPTB Somme–AMEVA à structurer une démarche intégrée de gestion des eaux pluviales, articulant documents d’urbanisme (PLUi) et Schémas Directeurs de Gestion des Eaux Pluviales (SDGEP), en s’appuyant sur une méthode éprouvée, aujourd’hui déployée à l’échelle du bassin et reprise par l’Agence de l’eau Artois-Picardie.

Enjeux et contexte

La démarche répond à plusieurs enjeux majeurs :

La démarche répond à plusieurs enjeux majeurs :

  • Appréhender le fonctionnement hydraulique de manière globale, à l’échelle des bassins versants, ruraux comme urbains.
  • Intégrer la gestion du pluvial dans les politiques d’aménagement, conformément aux prescriptions des SCoT et des SAGE.
  • Sécuriser les biens et les personnes face aux risques de ruissellement.
  • Améliorer la qualité des milieux aquatiques en réduisant les déversements par temps de pluie.
  • Assurer une cohérence réglementaire entre PLUi, SDGEP, zonage pluvial et dispositions du SAGE.

Déroulé, gouvernance et méthode

Cette démarche, pilotée par l’AMEVA a été construite avec les EPCI du territoire et les Bureaux d’études en charge des PLUi d’un côté et des SDGEP.

Ainsi l’EPTB coordonne la démarche en assurant l’interface entre :

  • Les bureaux d’études chargés du PLUi
  • Les bureaux d’études en charge des SDGEP
  • Les acteurs du territoire (communes, EPCI, monde agricole, services de l’État).


Un déroulé en trois phases cohérentes avec le PLUi
L’AMEVA, coordonne les différentes phases d’élaboration des deux documents afin d’assurer une mise en cohérence des phases d’élaboration des PLUi et celles des SDGEP.

  • Phase 1 du SDGEP – Diagnostic approfondi du fonctionnement hydraulique
    • Délimitation des bassins versants, identification des axes de ruissellement et des secteurs sensibles.
    • Analyse des désordres passés et des impacts sur milieux et biens.
  • Phase 2 du SDGEP – Évaluation des impacts de l’urbanisation future
    • Analyse fine des secteurs à urbaniser (dents creuses, zones AU).
    • Définition des orientations de gestion à intégrer dans le PLUi pour prévenir les futurs dysfonctionnements (OAP, prescriptions, zonages)
  • Phase 3 du SDGEP –  réalisation du zonage pluvial et du règlement associé
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Cette articulation SDGEP–PLUi constitue une méthode unique et reproductible, désormais utilisée sur l’ensemble du territoire.

Résultats et impacts

Des outils d’aide à la décision précis et opérationnels

  • Les désordres sont identifiés et cartographiés, classés selon leur impact sur les biens / personnes et/ou les milieux aquatiques ce qui permet une recherche de financement adaptée. 
  • Diagnostic et hiérarchisation en trois niveaux de priorité, pour mieux programmer les interventions (besoin d’études ou de travaux), que ce soit
    • au niveau des sous-bassins ruraux ou
    • au niveau de l’entrée en secteur urbanisé, le long des axes de ruissellement.

Des prescriptions intégrées directement dans l’urbanisme

  • Préservation des axes de ruissellement identifiés, ou mise en place de solutions compensatoires si leur maintien est impossible.
  • Recommandations d’aménagements à l’échelle de la parcelle : noues, ouvrages hydrauliques, interdiction de sous-sols, rehaussement des planchers, etc.
  • Réservation d’espaces hydrauliques en zone bâtie (bassins, haies, zones tampons).

Une meilleure lisibilité des compétences

Le SDGEP est un outil important pour les collectivités, qui leur permet de clarifier la frontière entre :

  • ce qui relève de la GEPU (eaux pluviales urbaines),
  • et ce qui relève de la compétence érosion / ruissellement en milieu rural.

Un outil structurant pour la programmation

La démarche de cartographie fine, et de caractérisation, priorisation des désordres permet à la collectivité :

  • D’impulser les études opérationnelles (études de ruissellement, études patrimoniales, projets de déconnexion).
  • de planifier des programmes pluriannuels d’investissement, en cohérence avec les enjeux prioritaires.

Cette articulation SDGEP–PLUi constitue une méthode unique et reproductible, désormais utilisée sur l’ensemble du territoire.

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Enseignements

  • Une démarche globale bassin versant, allant du rural à l’urbain, est indispensable pour gérer correctement le ruissellement.
  • Travailler en parallèle PLUi / SDGEP, avec un pilotage par l’EPTB, garantit la cohérence des diagnostics et des prescriptions.
  • La cartographie fine et la hiérarchisation des désordres sont essentielles pour objectiver les choix des élus et définir des stratégies de financement.
  • Le SDGEP permet de dépasser les actions « curatives » pour aller vers une gestion préventive, planifiée et intégrée.
  • L’accompagnement par un EPTB facilite l’appropriation locale et permet une montée en compétence progressive des collectivités.
  • L’AMEVA travaille en ce moment à l’élaboration de son 3èm PAPI qui sera centré autour du ruissellement.
En savoir plus :

Le bassin de la Somme, un territoire d'eau

EPTB Somme – La préservation de la ressource en eau au travers d’outils mutualisés 

Infos clés

  • Sur le bassin versant de la Somme, 370 captages pour l’eau potable sont exploités.
  • 169 services assurent la production et distribution de l’eau potable, via des communes, syndicats ou intercommunalités.
  • L’EPTB intervient également sur l’assainissement : en 2025, 194 communes sont assainies collectivement par 107 stations d’épuration, couvrant environ 426 500 habitants – soit 75 % de la population du département.
  • L’assistance technique départementale (eau potable & assainissement) fait l’objet d’un budget annexe dont les dépenses représentent environ 430 000 €/an, pour l’accompagnement de 70 stations d’épuration et de tous les captages d4eau potable.

Enjeux et contexte

Le travail mené par l’EPTB vise à répondre à plusieurs enjeux majeurs :

  • Assurer une eau potable de qualité et en quantité suffisante pour tous les usagers du bassin, face à des pressions croissantes sur la ressource (pollutions diffuses agricoles ou urbaines, fuites, dysfonctionnements d’assainissement, fragilité des captages) face au changement climatique et 0 l4augmentation des prélèvements agricoles.
  • Préserver les nappes souterraines (notamment nappe de la Craie) alimentant exclusivement l’alimentation en eau potable.
  • Réduire les pollutions (nitrates, pesticides, micropolluants) et éviter un recours excessif aux traitements coûteux, en agissant à la source – notamment via la restauration ou la protection des zones d’alimentation des captages.
  • Maintenir et restaurer le bon état des milieux aquatiques (cours d’eau, zones humides), essentiels à la régulation naturelle, à la biodiversité, à la qualité de l’eau, mais aussi à la résilience du territoire face aux aléas climatiques.
  • Garantir la cohérence d’ensemble des politiques d’eau, d’assainissement, de milieux aquatiques et de prévention des inondations, en évitant les actions isolées et fragmentées.

En somme, le projet cherche à répondre à un besoin de gestion durable, intégrée et solidaire de l’eau, face à des défis de qualité, de quantité, de pression anthropique et de changement climatique.

L’action de l’EPTB s’inscrit dans les schémas de planification à l’échelle du bassin versant, via les SAGE Haute Somme et SAGE Somme aval et Cours d’eau côtiers , qui couvrent l’ensemble du bassin versant. Ces documents-orientations, mis en œuvre respectivement depuis 2017 et 2019, définissent les priorités en matière de gestion de la ressource en eau, de préservation des milieux et de sécurité de l’alimentation en eau potable.

Le portage par un syndicat de bassin comme l’EPTB Somme – AMEVA présente plusieurs atouts : il permet une vision globale et cohérente du territoire (amont-aval, rural-urbain, captages-milieux naturels), de mutualiser les compétences et les moyens, de diffuser l’expertise technique, juridique et administrative, et d’assurer une animation collective durable. Cela garantit que les actions ne restent pas isolées dans une commune ou un contexte, mais s’inscrivent dans un projet partagé, équilibré et solidaire pour l’ensemble du bassin.

Déroulé, gouvernance et méthode

Le travail de l’EPTB commence par un diagnostic global du territoire : identification des captages, des aires d’alimentation, des pressions potentielles (pollutions diffuses, usage des sols, fuites, etc.), bilan des services d’eau potable et d’assainissement, état des milieux aquatiques. Ce diagnostic est réalisé via le pôle eau potable / assainissement (SATEP), et en s’appuyant sur les données des collectivités, des exploitants, des agences de l’eau, du BRGM, etc.

Lorsque des captages sont identifiés en difficulté ou menacés, l’EPTB peut déclencher une démarche d’Opération de Reconquête de la Qualité de l’Eau (ORQUE). L’EPTB accompagne alors les collectivités dans la délimitation des aires d’alimentation, l’inventaire des pressions, la définition d’un plan d’actions (pratiques agricoles, traitements, restauration des milieux, zones tampons, etc.), l’animation de la concertation territoriale, et la mobilisation des partenaires (élus, agriculteurs, usagers, agences de l’eau, services de l’État).

Sur le plan de l’assainissement, l’EPTB apporte une assistance technique et administrative (AMO, ATD) pour concevoir, rénover ou améliorer les systèmes d’assainissement – collectif ou non collectif – en lien avec les collectivités locales. Cela contribue à limiter les rejets polluants, à sécuriser les captages, et à améliorer l’état des milieux aquatiques.

La gouvernance adoptée est collective et partagée : l’EPTB fédère collectivités, syndicats, EPCI, services publics, agences de l’eau, exploitants, usagers, et garantit la cohérence des actions à l’échelle du bassin, avec une coordination centralisée et des appuis techniques mutualisés.

Résultats et impacts

Le rôle de l’EPTB dans la préservation de la ressource en eau est essentiel et se situe à plusieurs niveaux :

  • La majorité des habitants de la Somme (environ 75 %) bénéficient d’un assainissement collectif performant, ce qui contribue à la qualité des eaux rejetées et à la préservation des milieux.
  • L’existence de 370 captages, exploités par 169 services d’eau potable, montre que l’infrastructure de distribution d’eau est dense, ce qui nécessite de sécuriser l’approvisionnement.
  • Par l’animation d’ORQUE et l’assistance technique, l’EPTB permet aux collectivités de prendre en main la protection et la gestion de leurs captages, anticipant les risques de pollution et réduisant la dépendance à des traitements lourds.
  • La restauration et l’entretien des cours d’eau et des zones humides, ainsi que la restauration de la continuité écologique, contribuent à maintenir les fonctions naturelles – recharge des nappes, régulation des écoulements, biodiversité —, favorisant la résilience du bassin face aux sécheresses, aux variations climatiques et aux crues.

Par ailleurs, le fait que l’EPTB assure une assistance mutualisée – technique, juridique, administrative – garantit un accompagnement professionnel, même pour des petites collectivités sans ressources propres, ce qui augmente l’équité d’accès à l’eau potable et à l’assainissement sur l’ensemble du territoire.

  • Contribution à la résilience du territoire face au changement climatique

Les actions de l’EPTB renforcent la résilience du bassin dans plusieurs dimensions. D’abord en sécurisant l’alimentation en eau potable – en protégeant les captages, en limitant les pollutions, en garantissant la maintenance des réseaux – l’EPTB anticipe les risques de raréfaction lors des épisodes de sécheresse ou de variations hydrologiques.

Ensuite, la restauration et la préservation des milieux aquatiques et humides maintiennent les services écosystémiques (recharge des nappes, régulation des crues, filtration naturelle, biodiversité), ce qui contribue à amortir les effets des extrêmes climatiques (inondations, sécheresses).

Enfin, la gouvernance globale et la planification via les SAGE permettent d’adapter les prélèvements, les usages, les renouvellements d’infrastructures et les pratiques agricoles ou urbaines selon l’évolution des contraintes climatiques, ce qui constitue un levier de long terme pour une gestion durable et équilibrée de l’eau.

Enseignements & perspectives

L’expérience de l’EPTB Somme – AMEVA montre l’intérêt d’une gouvernance de bassin coordonnée : mutualiser les compétences techniques, administratives et financières, c’est permettre aux collectivités, quelle que soit leur taille, d’accéder à des expertises, d’engager des diagnostics, des plans d’action, des concertations, et des travaux. Cela réduit les inégalités territoriales en matière d’eau potable et d’assainissement.

Le modèle d’ORQUE – articulation entre diagnostic, concertation, planification et action – apparaît efficace pour prévenir les pollutions diffuses, protéger les captages et réduire les besoins de traitement. Cela souligne l’importance de l’anticipation et de l’action collective

En savoir plus

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Trèbes : d’un projet hydraulique à un projet global d’Aménagement

Info et chiffres clés

Le projet est financé à 2,44 M€ (PAPI 3 de l’Aude) dont :

  • État : 50 %
  • Département : 19,75 %
  • Région : 10,25 %
  • EPTB : 20 %

Situation

Le territoire du SMMAR EPTB Aude s’étend sur :

  • 419 communes
  • 5 départements (11, 09, 34, 66, 81)
  • 16 EPCI ayant transféré intégralement la compétence GEMAPI à l’EPTB et qui lèvent tous la taxe GEMAPI

Le bassin de l’Aude est particulièrement vulnérable aux précipitations méditerranéennes avec 90 % du bassin exposé au risque inondation. Le 15 octobre 2018, le bassin connaît un événement particulièrement dévastateur avec :

  • 350 mm de pluie en moins de 10 h
  • une montée des eaux de 7 mètres en 8 h
  • 15 décès sur le bassin, dont 5 à Trèbes

Cet épisode dramatique déclenche une prise de conscience profonde : la technique seule ne suffit plus face à l’évolution des enjeux. Reconstruire « à l’identique » n’est ni souhaitable, ni durable.

Enjeux et Objectifs

L’enjeu central de l’opération consistait à dépasser une approche strictement hydraulique et technique de la gestion du risque pour engager un véritable projet global d’aménagement, fondé sur la résilience, la renaturation et l’adaptation au changement climatique, le développement de nouveaux usages et la reconnexion entre les habitants et le fleuve.

Cette ambition se décline en plusieurs objectifs complémentaires. Le projet visait d’abord à redonner de l’espace au fleuve, condition indispensable pour réduire l’énergie des crues et atténuer leurs effets. Il s’agissait également, par des actions complémentaires portées par la Ville de Trèbes, de recomposer un quartier entier, en prenant pleinement en compte sa vulnérabilité et en repensant et adaptant ses usages. La restauration des continuités écologiques et des fonctions naturelles du lit majeur constituait un autre axe majeur, indispensable à la qualité des milieux et au fonctionnement hydraulique.

L’opération poursuit en parallèle la réduction du risque inondation pour les habitants, tout en créant des espaces publics attractifs et de reconnecter les habitants à leur fleuve. Enfin, l’ensemble de la démarche repose sur la volonté de bâtir un projet partagé, intégré et pérenne, qui englobe une approche de réduction du risque et de recomposition urbaine.

L’enjeu majeur est de passer d’une logique strictement hydraulique de prévention des inondations à un projet global d’aménagement fondé sur la résilience, la renaturation et l’adaptation au changement climatique.

Déroulé et Gouvernance

Le projet se construit sur 7 ans, dans une dynamique entièrement collaborative. Le SMMAR – EPTB Aude joue un rôle moteur, assumant la maîtrise d’ouvrage et orchestrant cette opération en étroite collaboration avec la commune de Trèbes, impliquant élus, services municipaux et habitants à chaque étape.

De nombreux partenaires institutionnels ont contribué à la réussite du projet :

  • Le SMMAR EPTB Aude maître d’ouvrage et la Ville de Trèbes ont coconstruit le projet d’aménagement avec l’appui du maître d’œuvre SCE spécialisé en hydraulique fluviale et aménagement, et avec l’architecte Eric DANIEL-LACOMBE spécialisé dans la résilience inondation.
  • Carcassonne Agglo, le service risques de la DDTM de l’Aude, les services Eau du Département et de la Région Occitanie, ont accompagné le portage du projet via divers comités techniques.
  • L’EPF Occitanie a assuré une maîtrise foncière 100 % amiable.
  • L’Architecte des Bâtiments de France et le CAUE de l’Aude ont apporté leur expertise paysagère.
  • La DDTM (services risques, aménagement, agriculture et biodiversité) ont veillé à la conformité réglementaire.
  • L’Office Français de la Biodiversité, la Fédération de pêche et l’AAPPMA de Trèbes ont été des partenaires clés.
  • D’autres acteurs comme la police municipale, les services technique et urbanisme de la Ville, le SDIS ou encore la chambre d’agriculture ont également ponctuellement contribué au projet.

La démarche repose sur une méthode profondément ancrée dans la concertation. Tout au long du projet, habitants et élus ont été associés, via des temps d’échanges et des phases de définition collective des usages. Cette dynamique participative a permis de décloisonner totalement les approches — hydraulique, urbanisme, écologie, paysage — pour construire une vision commune et cohérente de l’aménagement.

Résultats et Impacts

Après plusieurs années, Trèbes bénéficie d’un véritable espace résilient, où le fleuve retrouve sa place et où les usages urbains se réinventent en harmonie avec le risque et en adéquation avec la nature.

L’acquisition de 13 hectares sur la traversée de Trèbes permet de rendre à l’Aude son espace de bon fonctionnement et de dissiper latéralement son énergie lors des crues.

L’école a été reconstruite en zone inondable, sur pilotis, mais dans des espaces de moindre vulnérabilité, et ce afin de conserver la vie du quartier.

La création d’un espace public de haute qualité a constitué un autre pilier du projet. L’aménagement paysager, conçu en concertation étroite avec les habitants, a fait l’objet d’une attention particulière. L’ambition était de produire un véritable « effet waouh » pour donner envie aux habitants de revenir au bord de la rivière et de se réapproprier ce paysage. Un verger citoyen, accessible en libre cueillette, enrichit ce nouvel ensemble et contribue à renforcer le lien social autour des espaces naturels.

La réussite du projet tient autant à l’aménagement final qu’au chemin parcouru : une profonde évolution des pratiques et des modes de pensée, rendu possible par un engagement politique déterminé.

Résultats techniques

  • Création de lits moyens permettant d’abaisser la ligne d’eau jusqu’à 50 cm en crue,
  • Suppression d’un ancien plan d’eau artificiel permettant d’éviter le prélèvement annuel de dizaines de milliers de mètres cubes d’eau,
  • Aménagement de pentes douces, sols perméables, fossés humides de type noues, dans un souci permanent de perméabilité plutôt que de drainage,
  • Plantation de 250 arbres, création d’une forêt alluviale, avec une végétalisation par des essences méditerranéennes ne nécessitant pas d’arrosage.

Résultats institutionnels

  • Un modèle de recomposition urbaine inspirant et facilement reproductible pour d’autres collectivités,
  • Une opération reconnue : lauréat du Prix national Art Urbain 2025, mention environnement.

Enseignements

Cette opération montre qu’un EPTB est un véritable acteur de l’aménagement du territoire, capable de dépasser la simple gestion du risque pour impulser et coordonner des projets urbains innovants rendus indispensables par le changement climatique.

Parmi les principaux enseignements :

  • la volonté politique et le changement de culture sont déterminants,
  • reconstruire différemment est impératif dans un contexte de changement climatique,
  • décloisonner les pratiques (hydraulique / urbanisme / paysage / écologie) est la clé du succès,
  • la co-construction sur le temps long sécurise, enrichit et légitimise le projet.
Pour en savoir plus :

Gardons Alabri

L’EPTB Gardons, pilote du programme Gardons ALABRI

  • Lancement de la première opération en 2010 – 3ième cycle ALABRI pour le bassin versant
  • Nombre de diagnostics réalisé : 1715
  • Nombre de demandes de financement : 207
  • Nombre de demandes de versement des subventions : 153

Situation

L’EPTB Gardons intervient sur un territoire fortement exposé aux crues rapides et violentes, typiques des épisodes méditerranéens. Les inondations passées ont révélé l’exposition au risque du bâti résidentiel et économique, en particulier dans les communes les plus touchées.

  • Habitat très exposé aux crues rapides 
  • Forte répétition des événements et dommages récurrents.
  • Besoin d’un accompagnement technique pour les habitants et petites entreprises, notamment en lien avec les obligations du PPRI.

Enjeux

Pour répondre à ces vulnérabilités, l’EPTB Gardons a lancé ALABRI en 2010, une démarche innovante visant à réduire l’exposition du bâti grâce à un accompagnement personnalisé.

Le programme répond à plusieurs enjeux stratégiques pour le territoire :

  • Renforcer la prévention en complétant les outils réglementaires (PPRI) par des actions concrètes à l’échelle du bâti.
  • Coordonner les acteurs (communes, intercommunalités, services de l’État, Département, Région, artisans) autour d’une démarche unique et harmonisée.
  • Structurer une offre territoriale d’aide à la réduction de la vulnérabilité.

Accompagner financièrement les habitants et les entreprises pour l’obtention de subvention de la part de l’Etat, du Département et de collectivités (commune et intercommunalité en fonction des territoires).

Déroulé

Le pilotage du programme par l’EPTB Gardons repose sur une organisation claire et un accompagnement continu des communes et des habitants.

Le déroulé d’ALABRI se structure autour d’une gouvernance partenariale et de plusieurs étapes clés :

  • Animation territoriale : mobilisation des communes volontaires, réunions publiques, sensibilisation des habitants.
  • Diagnostic de vulnérabilité : visite du bâti par un expert, étude des points faibles, recommandations techniques.
  • Restitution personnalisée : rapport détaillé remis au propriétaire avec préconisations, priorisation et estimation budgétaire.
  • Accompagnement aux travaux : conseils dans la mise en œuvre, choix de solutions (batardeaux, rehaussements, protections, ventilation…).
  • Accompagnement pour l’obtention et le versement de subventions
  • Évolution constante : extension aux entreprises de moins de 20 salariés, adaptation aux retours terrain.

Résultats & impacts

Des actions qui concourent à la réduction de la vulnérabilité :

1. Mise en place de protections individuelles (batardeaux, clapets anti-retour) sur de nombreuses habitations – Gardons ALABRI

ALABRI a permis d’équiper 153 de logements exposés avec des dispositifs simples mais très efficaces pour empêcher l’eau d’entrer en cas de crue..

2. Création d’espaces refuges dans les maisons les plus vulnérables – Gardons ALABRI

Pour les habitations sujettes à des submersions importantes, des espaces refuges en étage ont été aménagés.

A noter le faible taux de conversion des diagnostics en travaux – point faible de la démarche ALABRI – un aspect plus contraignant de l’obligation de s’équiper permettrait de fortement augmenter le nombre de travaux réalisés et ainsi avoir un impact réel en matière de réduction du risque inondation lors des prochaines crues. Le diagnostic « inondation » obligatoire à la vente des biens serait déjà une première étape importante.

3. Travaux de réduction de vulnérabilité sur des bâtiments publics (écoles, mairies, foyers) – volet spécifiques

À Saint-Géniès-de-Malgoirès, Ners, Brignon, Alès; Comps; Cardet des équipements communaux et communautaires ont été protégés via des batardeaux, rehaussements, clapets ou aménagements internes.

4. Relocalisation de logements très exposés (opération Grabieux) – volet spécifique

Sur le bassin du Grabieux, l’EPTB Gardons a accompagné l’achat, la déconstruction et le relogement de 28 maisons en zone de très forte dangerosité.

Les principaux apports du programme Gardons ALABRI sont les suivants :

  • Près de 1 700 diagnostics réalisés depuis 2010.
  • 150 projets de travaux menés à bien, finançables et adaptés aux enjeux locaux.
  • Diminution réelle de la vulnérabilité des logements et petites entreprises.
  • Montée en compétence des habitants et des communes sur la connaissance du risque.
  • Cadre homogène à l’échelle du bassin, garantissant équité et cohérence.

Enseignements

Au fil des années, ALABRI a démontré l’importance d’un pilotage territorial fort pour réduire efficacement le risque d’inondation.

Plusieurs enseignements clés se dégagent :

  • L’ EPTB coordonne et standardise les démarches de réduction de vulnérabilité.
  • L’accompagnement personnalisé est indispensable pour dépasser les freins techniques et financiers.
  • Le programme crée une culture du risque au sein des communes et des habitants.
  • La démarche est réplicable et s’adapte mécaniquement aux nouveaux publics (entreprises, artisans, autres territoires).
  • Un programme pluriannuel permet de s’inscrire dans une logique d’amélioration continue et d’intégration des évolutions.
Pour en savoir plus :