Le Projet Isère amont, une démarche intégrée à l’échelle du bassin versant

Le projet Isère amont vise à protéger durablement les habitants de la vallée de l’Isère contre les inondations, tout en restaurant le fonctionnement naturel de la rivière et en développant des usages de loisirs sur ses berges. Il repose sur une approche innovante qui rompt avec la seule logique d’endiguement linéaire, en privilégiant une stratégie de « donner de l’espace à la rivière ».

Plutôt que de renforcer uniquement les digues existantes, le projet combine des actions de protection (confortement ciblé d’ouvrages) à des opérations de restauration hydromorphologique à grande échelle : effacement ou recul de digues, reconnexion d’annexes fluviales, restauration des forêts alluviales et création de champs d’expansion de crues.

Les aménagements permettent à la fois de stocker temporairement les crues les plus importantes, de rétablir des connexions écologiques majeures et de redonner à la rivière une partie de ses dynamiques naturelles. Le projet intègre également un volet paysager et social important visant à revaloriser les berges comme espaces de promenade et de détente.

Le projet Isère amont vise à protéger durablement les habitants de la vallée de l’Isère contre les inondations, tout en restaurant le fonctionnement naturel de la rivière et en développant des usages de loisirs sur ses berges. Il repose sur une approche innovante qui rompt avec la seule logique d’endiguement linéaire, en privilégiant une stratégie de « donner de l’espace à la rivière ».

Bassin / sous-bassin concerné

Le projet « Isère amont » concerne la vallée de l’Isère située entre Pontcharra et Grenoble, à l’aval du Grésivaudan, dans le département de l’Isère. Il s’inscrit sur le linéaire de la rivière Isère avant son entrée dans l’agglomération grenobloise. Ce secteur constitue un point sensible du bassin versant, historiquement exposé aux crues majeures de l’Isère et fortement artificialisé par des ouvrages de protection successifs depuis le XIXe siècle.

Structures concernées

Le projet est porté par le SYMBHI, syndicat mixte compétent en matière de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations à sur 40% du bassin versant de l’Isère. Il bénéficie du soutien financier de l’État et de l’Agence de l’eau dans le cadre d’un Programme d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI). De nombreuses collectivités locales (communes et intercommunalités), les services de l’État, le Département de l’Isère, la Chambre d’agriculture de l’Isère ainsi que plusieurs partenaires scientifiques sont associés à la mise en œuvre.

Infos clés / chiffres

Le projet Isère amont représente un investissement total de 135 millions d’euros, financé conjointement par le SYMBHI, l’État et l’Agence de l’eau, dans le cadre du PAPI. Il concerne 29 communes et environ 300 000 habitants à l’échelle du territoire protégé.

Seize champs d’inondation contrôlée ont été aménagés, représentant près de 3 500 hectares, avec une capacité globale de stockage des crues estimée à 35 millions de mètres cubes. Ces aménagements permettent de réduire significativement le pic de crue à l’entrée de l’agglomération grenobloise.

En cas de crue comparable à celle de 1859, les études estiment que les travaux réalisés permettraient d’éviter environ 1 milliard d’euros de dommages matériels.

Enjeux / contexte

Diagnostic initial

Avant les travaux, le territoire cumulait plusieurs fragilités :

  • une exposition très forte au risque d’inondation, avec des dommages potentiels estimés jusqu’à 1 milliard d’euros pour une crue bicentennale ;
  • une artificialisation quasi totale du lit endigué entre Pontcharra et Grenoble, entraînant une rupture des échanges entre la rivière et ses milieux annexes ;
  • des dysfonctionnements morphologiques liés à l’accumulation de sédiments et à l’incision localisée du lit ;
  • une absence de valorisation paysagère des berges, malgré un fort potentiel d’usages de proximité.

Objectifs du projet

Face à ce constat, le projet poursuit trois objectifs principaux :
D’abord, réduire durablement le risque d’inondation en atténuant les débits de pointe à l’aval, grâce à une capacité importante de stockage des crues dans les champs d’inondation contrôlée.
Ensuite, restaurer le fonctionnement écologique de la rivière, en reconnectant les milieux naturels, en rétablissant la continuité piscicole et en reconstituant des forêts alluviales fonctionnelles.
Enfin, renforcer l’attractivité du territoire en développant des aménagements paysagers et récréatifs permettant aux habitants de se réapproprier les berges.

Lien stratégie / planification

Le projet s’inscrit dans le cadre d’un PAPI (Programme d’Actions de Prévention des Inondations). Il s’appuie également sur les orientations du SDAGE et sur les stratégies locales de gestion des risques d’inondation. Il constitue un projet démonstrateur en matière de gestion intégrée des cours d’eau, associant sécurité, écologie et cadre de vie dans une même logique territoriale.

Plus-value du portage par un syndicat de bassin

Le portage du projet par le SYMBHI garantit une cohérence d’intervention à l’échelle hydrographique, bien au-delà des limites administratives. Il permet d’articuler la prévention du risque, la restauration écologique et l’aménagement du territoire dans un pilotage unique. Cette organisation favorise également la mobilisation des financements nationaux, la sécurisation foncière et la coordination des multiples partenaires.

Déroulé et gouvernance / méthode

La gouvernance du projet repose sur une concertation étroite avec l’ensemble des acteurs locaux. Un accord-cadre a été conclu avec la Chambre d’agriculture de l’Isère et le Département afin de définir un système d’indemnisation en cas de dommages subis par les exploitations agricoles lors des crues. Les représentants agricoles ont été pleinement intégrés à la conception des champs d’inondation contrôlée.

Le Comité consultatif Isère amont joue un rôle central. Il réunit plus de 80 partenaires (collectivités, services de l’État, experts, associations) et s’est tenu régulièrement jusqu’à la fin des travaux. Cette instance accompagne chaque phase du projet : études, travaux, suivi écologique et bilan annuel.

Résultats et impacts

Le projet a permis une transformation radicale du fonctionnement fluvial :

  • 14,3 km de digues ont été effacés et 6 km ont été reculés ;
  • plus de 300 hectares de forêts alluviales ont été reconnectées ;
  • trois gravières ont été mises en relation directe avec l’Isère ;
  • quatre bras fluviaux ont été réouverts, représentant 2,5 km de bras en eau courante, 600 m de bras phréatiques et 13 hectares de milieux restaurés.
  • Suivi écologique

Le suivi scientifique met en avant la Petite massette, plante bioindicatrice des rivières alpines. En partenariat avec des équipes de recherche, cinq protocoles de transplantation ont été testés. Les résultats montrent :

  • un triplement des populations entre 2009 et 2018 ;
  • une augmentation de 35 % entre 2021 et 2024 ;
  • une dynamique jugée stable à moyen terme.

Enseignements

Le projet Isère amont incarne un changement de paradigme majeur : accepter de redonner à la rivière des espaces de débordement naturels pour protéger durablement les zones urbaines. Il démontre qu’un projet de prévention des risques peut aussi devenir un projet de restauration écologique et de développement territorial. Il met également en lumière l’importance de la solidarité territoriale, notamment vis-à-vis du monde agricole, grâce à des mécanismes d’indemnisation clairs.

Les prix qui consacrent le projet Isère amont

Le caractère pionnier du projet a été reconnu à l’échelle nationale par plusieurs distinctions majeures :

Grand Prix national du Génie Écologique – 2024
Attribué au projet Isère amont pour la qualité de sa restauration écologique, son exemplarité en matière de solutions fondées sur la nature et l’intégration de la biodiversité dans un projet de gestion des risques.

Grand Prix National de l’Ingénierie – catégorie “Adapter l’existant au changement climatique” – 2025
Récompense l’excellence technique du projet, sa conception innovante et sa capacité à associer protection des populations, écologie et aménagement durable.

Prix Previriq inondations – 2016

Met à l’honneur les meilleurs projets sur le thème de l’intégration des politiques publiques en matière de gestion des risques d’inondation.

Ces prix confirment qu’Isère amont n’est pas seulement un projet local : c’est aujourd’hui une référence nationale.

Ce retour d’expérience a été relu et validé par l’établissement.

Pour en savoir plus

Dossier REX du SYMBHI :
https://bassinversant.org/wp-content/uploads/2022/10/fiche-synthese-a3-2.pdf
Livre bleu — projet Isère amont :
https://bassinversant.org/wp-content/uploads/2023/03/livre-bleu_complet_gravure_2023_page.pdf

Isère Amont

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