Quand la prévention des inondations devient un projet de nature
Longtemps, la rivière Isère a été contenue, corsetée, endiguée. Pour se protéger des crues, on l’a resserrée dans un lit artificiel, coupé de ses bras secondaires, de ses zones humides, de ses forêts alluviales. Résultat : une rivière plus rapide, plus dangereuse… et des milieux naturels parmi les plus riches du territoire presque disparus.
Avec le projet Isère amont, porté par le SYMBHI, le territoire a fait un choix radicalement différent : donner de la place à la rivière pour mieux protéger les habitants, tout en restaurant ses écosystèmes naturels. Une approche qui fait aujourd’hui du secteur de l’Isère amont un exemple national de gestion fondée sur la nature.
Des milieux autrefois sacrifiés… aujourd’hui restaurés
Entre Pontcharra et Grenoble, l’Isère était presque entièrement endiguée. Ses forêts alluviales avaient été coupées du fleuve, transformées ou asséchées. Les zones humides avaient disparu sous les remblais, les gravières ou les cultures. La rivière n’avait plus la possibilité de s’étendre, de ralentir, de respirer.
Le projet Isère amont a permis de renverser cette logique.
Grâce à l’effacement ou au recul de digues historiques, plus de 300 hectares de forêts alluviales ont été reconnectés à la rivière. Ces espaces retrouvent désormais leur rôle naturel : se gorger d’eau lors des crues, stocker temporairement les volumes, filtrer les eaux, favoriser l’infiltration vers les nappes, et accueillir une biodiversité exceptionnelle.
Parallèlement, d’autres zones humides ont été reconstruites ou restaurées : étangs reconnectés, bras morts remis en eau, gravières renaturées, milieux phréatiques relancés. En tout, des dizaines d’hectares de zones humides fonctionnelles ont réapparu là où l’eau ne faisait plus que passer sans s’arrêter.
Des sites emblématiques rendus à la rivière
Parmi les exemples marquants :
- les étangs de Manon et de La Pierre reconnectés au fleuve,
- des bras morts remis en eau à Lumbin et Crolles,
- plusieurs anciennes gravières transformées en zones humides fonctionnelles,
- des secteurs entiers de forêts alluviales à nouveau inondables lors des crues ordinaires.
Ces restaurations recréent une mosaïque de milieux : bras calmes, forêts allagées, grèves, sols gorgés d’eau. Un paysage vivant, dynamique, en perpétuelle évolution.
Pourquoi ces milieux sont vitaux pour le territoire
Les forêts alluviales, et les zones humides en général, ne sont pas de simples espaces naturels en périphérie de la ville. Ce sont de véritables infrastructures naturelles.
Elles freinent les crues, stockent des millions de mètres cubes d’eau temporairement, limitent l’érosion, améliorent la qualité de l’eau par filtration naturelle, contribuent à la recharge des nappes et soutiennent la rivière en période d’étiage. Elles accueillent aussi une biodiversité remarquable : poissons, amphibiens, oiseaux d’eau, castors, insectes, plantes hygrophiles.
À l’heure du changement climatique, ces milieux constituent l’un des leviers les plus efficaces pour renforcer la résilience des territoires.
Un suivi écologique qui démontre l’efficacité
Le projet s’appuie sur un suivi scientifique approfondi. L’une des espèces observées est la Petite massette, plante bioindicatrice des rivières alpines.
Les résultats sont spectaculaires :
- populations multipliées par trois entre 2009 et 2018,
- +35 % d’augmentation entre 2021 et 2024,
- dynamique jugée stable à moyen terme.
Ces chiffres confirment que les zones humides restaurées ne sont pas artificielles : elles redeviennent pleinement fonctionnelles.
Les prix qui consacrent le projet Isère amont
Le caractère pionnier du projet a été reconnu à l’échelle nationale par plusieurs distinctions majeures :
Grand Prix du Génie Écologique – 2024
Attribué au projet Isère amont pour la qualité de sa restauration écologique, son exemplarité en matière de solutions fondées sur la nature et l’intégration de la biodiversité dans un projet de gestion des risques.
Grand Prix National de l’Ingénierie : catégorie “Adapter l’existant au changement climatique”, 2025
Récompense l’excellence technique du projet, sa conception innovante et sa capacité à associer protection des populations, écologie et aménagement durable.
Prix Previrisq inondations – 2016
Met à l’honneur les meilleurs projets sur le thème de l’intégration des politiques publiques en matière de gestion des risques d’inondation.
Ces prix confirment qu’Isère amont n’est pas seulement un projet local : c’est aujourd’hui une référence nationale.
Restaurer aujourd’hui pour protéger demain
Isère amont nous montre qu’il est possible de faire autrement.
Que la nature n’est pas un obstacle, mais une alliée.
Que restaurer une forêt alluviale peut protéger une ville.
Ce choix, redonner de l’espace à la rivière, est un investissement pour demain.
Une promesse de sécurité.
Et une promesse de vie.
