Le slow tourisme, un potentiel économique authentique ?

Alternative au tourisme de masse métropolitain, le slow tourisme allie envie de "déconnexion" des citadins et opportunité économique pour des espaces en quête de redynamisation. Une journée dédiée est organisée le 20 juin 2019 à Samatan, dans le Gers, pour valoriser ce qui existe déjà.

« La France doit devenir une destination phare du slow tourisme ». C’est avec cette ambition en tête que la Direction générale des entreprises (DGE, ministère de l’Economie) organise le 20 juin une journée dédiée au slow tourisme à Samatan, en partenariat avec la commune et le comité départemental du tourisme du Gers.
La DGE croit au développement de ce secteur touristique, convaincue qu’il est « porté par une évolution des modes de consommation, une émergence des préoccupations environnementales et un désir global des clientèles de se tourner vers des séjours plus authentiques et plus proches de la nature ».
La journée du 20 juin est ainsi placée sous le haut patronage de Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, présent dans le Gers à cette occasion.

Mobilités douces, rencontre avec les habitants, ressourcement…

Le slow tourisme serait, selon la définition des organisateurs de la journée de Samatan, « une tendance en pleine croissance » qui « privilégie les mobilités douces et la rencontre avec les habitants, répond également aux besoins d’authenticité, de ressourcement et de dépaysement exprimés par des touristes de plus en plus nombreux à vouloir prendre le temps de découvrir, partager et savourer ».
La journée entend valoriser des expériences réussies, via des témoignages de représentants d’entreprises, de territoires de projet, et d’Atout France. Le directeur du CDT du Gers, José Luis Pereira, interviendra pour présenter le contrat SPôTT « Terra Gers » (Structuration de Pôles Touristiques Territoriaux) qui entend précisément faire de son territoire une « Destination slow tourisme ». Le projet « Terra Gers » était parmi les premiers sélectionnés de l’appel à projets « SPôTT » lancé en 2015 (voir notre article ci-dessous du 25 juin 2015). Il entend structurer les acteurs locaux de la filière et travailler tout particulièrement autour des thématiques du goût (mieux se nourrir, locavores, « wine expérience »…) et de l’itinérance douce (pratiques pédestres, fluviales, cyclo…).

Slow Tourisme Lab, un incubateur situé en Champagne

Christelle Taillardat, responsable du Slow Tourisme Lab, est également à l’affiche de la journée de Samatan. Situé en Champagne, le Slow Tourisme Lab est un incubateur de strat-up d’innovation touristique en zone rurale. Créé en 2017, il est porté par le comité départemental du tourisme de l’Aube, avec pour partenaires la Technopole de l’Aube en Champagne, l’école supérieure de tourisme Yschools et le comité régional du tourisme Grand Est.
La journée sera introduite par le consultant Luc Mazuel, du cabinet Kipik Conseil, qui a réalisé une étude pour la DGE, publiée en 2018, sur « Les entreprises innovantes en matière de slow tourisme ». Il s’agissait de repérer, sélectionner et analyser des entreprises performantes et innovantes, en milieu rural et moyenne montagne, qui participent à la thématique du slow tourisme.

Un archétype de chef d’entreprise : la « jeune femme de 35 ans »

L’étude de Kipik a montré que les dirigeants de ces entreprises sont des personnes en « changement de vie », en quête comme leurs cibles de « retour aux sources » et de « temps retrouvé ». L’archétype étant la « jeune femme de 35 ans », « souvent une citadine, parfois avec des racines provinciales », diplômée, avec un « savoir spécifique » (en marketing, design, communication, agriculture, management…), de jeunes enfants, une passion à valoriser (sport, bien-être, art, cuisine, vin, culture…), ayant voyagé, parfois qui vient de perdre son travail… et qui de toute façon « aspire à autre chose pour elle, son couple, sa famille ». L’activité apparaît d’ailleurs souvent comme complémentaire au revenu du chef de famille.
Hommes ou femmes, ces porteurs de projets se sentiraient « pionniers » d’une nouvelle forme de tourisme, mais aussi « solitaires et incompris » par les institutionnels du tourisme et les banques. Souvent démunis aussi, face aux techniques d’ingénierie touristique auxquelles ils sont peu ou pas formés.
Dans ce contexte, l’office de tourisme « retrouve (ou pourrait retrouver), en plus de sa mission d’accueil, une certaine vocation de laboratoire d’ingénierie plutôt que de vente, afin de créer des synergies d’acteurs locaux divers », suggère Luc Mazuel. Mais cela, « à condition que l’on arrive, à terme, à croiser les compétences au sein des EPCI (aménagement, développement économique, promotion…) », ajoute-t-il.

Du slow tourisme en Coeur de ville ?

A contrario, l’Association Francophone des Experts & des Scientifiques du Tourisme organisait ce 4 juin 2019 à Paris, un forum sur le thème « Du Tourisme de masse au Sur-Tourisme et à la Tourismophobie », avec des intervenants étrangers venus des Iles Baléares, de Venise et d’Amsterdam. Dans le cadre du Grand Débat national, cette association a présenté une proposition visant à « optimiser le volet tourisme du programme Action Cœur de Ville », en s’appuyant sur « les potentialités touristiques et patrimoniales aujourd’hui peu exploitées : centres historiques, patrimoine, culture, visites urbaines, découverte de l’ ‘art de vivre à la française’, rencontre avec les habitants,…  » Du « slow tourisme » qui ne dit pas son nom ? Ce qui est sûr c’est que le concept a de beaux jours devant lui. Notamment pour évaluer les conditions de sa viabilité économique et pour identifier les passerelles avec le phénomène des néo-ruraux lui aussi en forte expansion.

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