Eau comme opendata !

A ces deux jeux de données nouvellement ouverts, on peut ajouter un troisième fort utile, la BD Carthage (et prochaine BD Topage), le référentiel sur l’eau publié par eau-france.

En ce début d’été 2019, deux jeux de données importants ont enfin été publiés en opendata: les résultats des contrôles de la qualité de l’eau du robinet (base Sise-Eaux), les ventes et achats de pesticides (base BNV-D).

A ces deux jeux de données nouvellement ouverts, on peut ajouter un troisième fort utile, la BD Carthage (et prochaine BD Topage), le référentiel sur l’eau publié par eau-france.

Ces trois jeux de données permettent d’avoir une vue assez détaillée de notre alimentation en eau, de certains polluants (il n’y a malheureusement pas que les pesticides qui polluent nos eaux).

Eau… que ce sujet est sensible !

Oui, sujet sensible, si sensible que les données de la base BNV-D ont été publiées il y a un an, mais rapidement dépubliées sous la pression du Ministère de l’Agriculture, comme l’explique Mediapart.

Heureusement, j’avais fait une copie de ces données et elles étaient donc toujours disponibles sur http://data.cquest.org/pesticides/

Données importantes à diffuser pour un Ministère (celui de l’environnement), mais trop sensibles pour un autre (l’agriculture)… et bien sûr même si la Loi est claire sur l’obligation de publier ces données, c’est la dépublication qui l’a emportée pendant un an.

On peut aussi se souvenir de l’émission Cash Investigation sur le sujet, qui avait semble-t-il pu se procurer une copie de ces données…

Cachez ces captages que je ne saurais voir

Un autre sujet sensible: les points de captage d’eau potable.

Ce sont les points où l’eau est prélevée du milieu naturel avant d’être traitée (si besoin) pour la consommation et donc arriver à nos robinets.

Ils bénéficient d’un périmètre réglementaire de protection, pour empêcher (ou limiter) les pollutions des captages. Ces périmètres ainsi que les emplacements des points de captage ont été largement disponibles publiquement. Quoi de plus normal, il faut bien savoir où sont les limites qu’on ne voit bien sûr pas sur le terrain pour pouvoir les respecter !

Mais… imaginez ce qu’un terroriste ferait avec ces données ! Il pourrait empoisonner notre eau potable !

C’est bien sûr ce que s’est dit le clan sécuritaire qui a fait dépublier ces données, privant de nombreux acteurs légitimes de cette source d’information réglementaire. cette dépublication n’empêche d’une quelconque manière une possible contamination volontaire car ces points de captage sont facilement visibles sur le terrain, très peu protégés tout comme les canaux et nos dizaines de milliers de château d’eau difficile à cacher.

Donc, on dépublie… mais la communicabilité de ces données a bien entendu été confirmée par la CADA (Commission d’Accès aux Documents Administratifs).

La commission estime, comme elle l’a déjà fait dans ses avis n°20150070 et n° 20152820, qu’eu égard à l’objet et à l’étendue des périmètres de protection des captages d’eau destinée à la consommation humaine, qui ont fait l’objet de publicité dans les conditions prévues par les dispositions rappelées ci-dessus, la protection de la sécurité publique ne s’oppose pas à la communication des données relatives à ces captages et périmètres de protection à toute personne qui en fait la demande, en application de l’article L311–1 du code des relations entre le public et l’administration et des articles L124–1 à L124–8 du code de l’environnement, même au format vectoriel SIG.

A ma connaissance, cet avis n’a pas été pris en compte, les données ne sont toujours pas republiées.

Des cours d’eau… qui disparaissent ?

L’épandage de pesticides est interdit à proximité des cours d’eau, pour limiter leur contamination.

Là c’est un article tout frais publié dans Le Monde qui m’a refait penser au référentiel sur les cours et plans d’eau, la BD Carthage.

Des points d’eau ont été effacés des cartes IGN pour ne pas avoir à les protéger des pesticides

Des sources intermittentes ou petits ruisseaux, autour desquels il est interdit d’épandre des pesticides, ont été gommés à la faveur d’une révision du réseau hydrographique.

Le code de l’environnement ne précise pas quelle est la base de référence pour respecter cette obligation et parle juste de “carte”. Or une carte, ce n’est pas forcément précis… et complet. En effet, une carte n’est qu’une représentation approximative du terrain, et pour des besoins cartographiques, on peut ne pas faire apparaître tous les éléments sur une carte généraliste par manque de place.

C’est là où une base de donnée de référence est indispensable. Cette base existe depuis des années, il s’agit de la BD Carthage.

Cette base pourrait là encore être au cœur d’une bataille entre la protection de l’environnement et un ministère influencé par des lobbies. Même si j’ai du mal à croire qu’elle pourrait être dépubliée (l’Europe veille), j’ai archivé là aussi les données depuis 2012… on ne sait jamais.

Pas de garantie de pérennité pour l’opendata

Ces quelques cas montrent que les données ouvertes, peuvent ne plus être publiées à leur source pour diverses raisons.

L’archivage de ces données est donc nécessaire, surtout celles sensibles et utiles pour la transparence. C’est au citoyen de s’en charger pour que cela soit totalement indépendant du pouvoir en place et de l’administration.

Il y a eu des craintes par exemple au niveau de l’agence de l’environnement américaine (EPA) concernant le maintien de la publication de certaines données environnementales peu après l’élection de Donald Trump.

Sans que les données soient “sensibles”, on constate aussi après quelques années que les portails locaux d’opendata ne sont pas très fiables sur le long terme. Lors de changement de portail l’ensemble des données n’est pas forcément repris. Pour limiter éventuellement certains coûts, un ménage peut être fait pour éliminer ce qui semble le moins utile et il n’y a pas vraiment d’archivage organisé.

Quelqu’un m’a par exemple contacté dernièrement car j’avais publié une réutilisation de données de thermographie sur Issy-les-Moulineaux qu’on ne trouve désormais nulle part. J’en avait encore une copie.

Agir ?

J’ai ouvert une discussion à ce sujet sur le forum teamopendata.

N’hésitez pas à participer et n’hésitez pas non plus à tirer partie de ces données sur l’eau !

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