Comment mener au mieux un projet territorial Eau&Bio ?

Retour sur les récents travaux de l’ISARA-Lyon pour mener au mieux un projet territorial Eau&Bio.

Pour limiter les pollutions d’origine agricole, la loi Grenelle 1 avait fixé un objectif de développement de l’agriculture biologique (AB) dans les zones à enjeu eau potable. Depuis 2009, de nombreux projets territoriaux se sont lancés, associant « développement de l’AB » et « protection de la qualité de l’eau »

L’ISARA-Lyon, avec le soutien de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée Corse, a développé un projet de recherche visant à analyser les évolutions de ces projets.

Cette étude distingue ainsi trois principales trajectoires :

  • Les projets de reconquête de la qualité de l’eau où l’AB, initialement envisagée, n’apparaît plus (soit l’objectif a été abandonné, soit confié à un autre acteur du territoire) ;
  • Les projets portés par des acteurs agricoles où l’enjeu eau est finalement peu intégré (projets de structuration de filières, d’animation territoriale, de collectifs d’agriculteurs…) ;
  • Les projets portés par des gestionnaires de captages qui articulent AB et eau. Sont ainsi notamment mis en avant les projets territoriaux articulant AAC et structuration de filières longues rémunératrices ou approvisionnement de la restauration collective.

Quelles recommandations pour réussir ?

L’ISARA-Lyon identifie plusieurs facteurs-clés pour faire perdurer des dynamiques Eau&Bio à succès :

  • Mener une vraie concertation territoriale: cela concerne la mobilisation des acteurs (si l’on souhaite engager le territoire en faveur du développement de la bio, il convient notamment d’associer des acteurs à même de promouvoir l’AB comme solution) autant que la méthode (l’élaboration du programme ne peut se traduire par une simple négociation autour des actions « acceptables par tous »).
  • S’engager pour mettre en perspective enjeux et actions: le comité de pilotage du projet se doit d’assumer sa responsabilité sur la proportionnalité du programme d’actions par rapport aux enjeux. Si ce programme se résume aux seules actions « acceptables par tous », il pourrait ne pas être suffisant pour reconquérir la qualité de l’eau. Pour dépasser cela, l’implication de la collectivité locale gestionnaire de captages est un facteur déterminant. Si l’AB est envisagée comme une solution, alors elle doit être portée avec constance et clarté. Et pour réussir, mieux vaut porter une position éclairée et équilibrée sur ce mode de production plutôt qu’une vision idéalisée qui minimiserait les difficultés.
  • Articuler les enjeux, échelles et outils: Certains enjeux impactant les modes de production agricole sur une AAC, tel que l’état des filières économiques agricoles, impliquent de penser son action à différentes échelles (AAC, bassin de vie, zone de collecte d’un opérateur économique…), en coopération avec d’autres autorités publiques et outils de planification.
  • Faut-il se focaliser sur l’AB ou accompagner tous les changements de pratiques agricoles ? Opposer de façon dogmatique agriculture bio et conventionnelle ne semble jamais pertinent. Ensuite, il n’y a pas de position miracle : il convient de s’adapter aux configurations locales (qui peuvent elles-mêmes évoluer).

 

  • L’étude de l’ISARA-Lyon : Contribution de l’agriculture biologique à la préservation de la ressource en eau – Diversité de trajectoires pour les projets associant développement de l’agriculture biologique et protection de la qualité de l’eau
  • La synthèse (4 pages)

 

Cette étude se couple d’une synthèse bibliographique sur l’impact de l’AB sur la qualité des eaux souterraines et de surface, qui rappelle différents éléments à connaitre :

  • Différentes études ont démontré par modélisation et par extrapolation de scenarii les bénéfices du développement de la bio pour la ressource en eau des territoires. L’une de celle-ci, (Thieu et al., 2011) en modélisant le passage en bio à 100% du territoire du bassin versant de la Seine, de la Somme et de l’Escault, a montré une diminution nette de la contamination azotée des aquifères et des eaux de surface, une restauration de la qualité de l’eau et une réduction significative du risque des blooms d’algues en zone littorale. Ce résultat ne pourrait pas être atteint par la seule optimisation des pratiques conventionnelles (meilleure couverture des sols, meilleure gestion et pilotage de la fertilisation azotée) qui permettrait uniquement de stabiliser la situation mais pas d’obtenir une réelle amélioration de la qualité de l’eau.
  • En dépit de la volonté politique affichée (Etat, Agences de l’Eau…) et des connaissances scientifiques incitant au développement de l’AB dans les aires d’alimentation de captages (AAC), seule une minorité de programmes d’actions de captages prioritaires y font référence. Sur les territoires des AAC prioritaires, les dynamiques et niveaux de développement de l’AB sont ainsi plus faibles que sur le reste du territoire national.

Agriculture biologique et qualité de l’eau : Etat des lieux des forces et faiblesses des systèmes de production conduits en AB, ISARA-Lyon, 2019

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